
Il est des matinées où se mêlent le goût du vin, le plaisir de la conversation et la joie de retrouvailles inattendues.
Le vendredi 6 mars 2026, la Confrérie des Compagnons du Bordeaux tenait un chapitre exceptionnel à l’Auberge Saint Jean-Baptiste de Sauveterre-de-Guyenne. Une adresse bien connue des habitants . Les plus anciens se souviennent encore de son nom d’autrefois : le Relais du Chêne.
Depuis le siècle dernier, cette maison est une institution à Sauveterre. On y vient aujourd’hui pour son célèbre buffet des saveurs du monde, pour la convivialité de l’accueil, mais surtout pour la qualité d’une cuisine généreuse où tout est fait maison. Dans la grande salle, les conversations se croisent comme les arômes : ceux des plats qui sortent de cuisine, ceux des vins qui s’ouvrent à table, et ceux des souvenirs que chacun apporte avec lui.
C’est dans ce cadre chaleureux que les Compagnons du Bordeaux, revêtus de leurs robes rouge et or, avaient réuni leurs amis pour introniser un nouvel impétrant : François Louveaux, ancien inspecteur général de l’Éducation nationale.
Une surprise au détour d’un chapitre
Pour ma part, je dois avouer que cette matinée m’a réservé une belle surprise. Nous nous connaissions, sans le savoir. François Louveaux me rappela, à l’issue de la cérémonie, que nos chemins s’étaient croisés il y a plusieurs années dans un tout autre contexte. Avec Bernard Castagnet, alors maire de La Réole, nous étions allés défendre devant un jury le dossier de candidature de la ville au label « Ville d’Art et d’Histoire ». Nous portions aussi une idée plus large : celle d’un pays d’art et d’histoire autour de La Réole. François Louveaux faisait partie de ce jury. Il y représentait le ministre de l’éducation nationale. Il se souvenait de cet épisode et de ce dossier. Le retrouver des années plus tard, à Sauveterre, au milieu d’une confrérie bachique, avait quelque chose d’assez réjouissant. C’est un homme attentif, curieux, profondément attaché à la transmission de l’histoire et du patrimoine. La vie a parfois le sens des détours élégants.
Un homme de transmission
Ancien professeur d’histoire-géographie, François Louveaux a consacré toute sa carrière à l’Éducation nationale. Il a ensuite rejoint le corps prestigieux de l’Inspection générale, où il fut notamment doyen du groupe histoire-géographie. Pendant plus de quarante ans, il a contribué à réfléchir à l’enseignement de notre histoire et à accompagner les enseignants dans leur mission. Il n’est finalement pas si étonnant qu’un homme qui a consacré sa vie à transmettre le savoir rejoigne une confrérie qui, à sa manière, s’efforce de transmettre une culture. Car le vin, lui aussi, est une mémoire vivante : mémoire d’un terroir, d’un paysage, d’un savoir-faire que les vignerons se transmettent de génération en génération.
Le vin comme patrimoine
Les confréries bachiques ont parfois des allures de théâtre, avec leurs robes, leurs bannières et leurs rituels. Mais derrière cette mise en scène se cache une idée simple : le vin fait partie de notre patrimoine. Il raconte une terre. Il accompagne la gastronomie. Il nourrit les conversations et scelle les amitiés. Dans une époque où l’on parle souvent du vin avec méfiance ou suspicion, il est bon de rappeler qu’il est aussi un produit de civilisation, intimement lié à l’histoire de la France.
Bienvenue parmi les Compagnons
Dans la solennité souriante du rituel — la bannière déployée, les robes rouge et or, la remise du diplôme — François Louveaux est devenu Compagnon du Bordeaux.
Ce fut une belle matinée, comme savent en créer notre confrérie : une matinée où l’on célèbre à la fois l’amitié, la culture et le vin. Et pour ma part, je garderai de ce chapitre le souvenir d’une surprise heureuse : retrouver, au détour d’une table de Sauveterre, celui qui avait autrefois entendu défendre le patrimoine de notre Entre-Deux-Mers … et qui célèbre aujourd’hui, avec nous, celui du Bordeaux.
