Accord Europe-USA : la reddition d’Emmanuel Macron.

La Commission européenne vient de signer un accord commercial avec les États-Unis. Peu importe ici le contenu. Ce qui frappe, c’est le vide politique laissé par la France. Aucun mot du Président de la République. Aucune prise de position de l’Élysée avant, pendant, ni après. Comme si cette négociation n’existait pas. Comme si la France, membre fondateur de l’Union, ne se jugeait plus concernée par ce qui la lie au monde.

À Matignon, le commentaire du Premier ministre François Bayrou tient lieu de réponse officielle. Et quelle réponse ! Un tweet, amer, mais impuissant : « It is a dark day when an alliance of free peoples… resigns itself to submission. » Un jour sombre. Une soumission. Rien de moins. Mais d’où parle-t-il ? Qui a donné mandat à la Commission européenne pour négocier ? Le Conseil de l’Union, où siège la France. Le Conseil européen, où siège le Président.

Alors soit l’exécutif français a validé cet accord et s’indigne à contretemps, soit il a été mis de côté et accepte son effacement sans un mot. Dans les deux cas, c’est un naufrage.

Plus de quarante-huit heures après la signature de l’accord entre la Commission et les États‑Unis, aucun mot d’Emmanuel Macron, aucune explication, aucune tentative de cadrage. Un silence qui en dit long : la France abdique le verbe quand elle devrait l’imposer. Le Premier ministre, seul, a osé s’exprimer. Ce n’est pas une absence : c’est un aveu.

Le général de Gaulle, en son temps, avait balisé les limites : « La Commission est là pour exécuter, non pour prendre des initiatives. » (Conférence de presse du 15 mai 1962) Mais depuis que l’on a fait de Bruxelles le cœur battant de l’Europe, on a laissé le bras devenir la tête. Des traités toujours plus complexes ont démultiplié les compétences de la Commission, jusqu’à lui donner la main sur l’essentiel, sans le contrôle du peuple.

Ce que nous vivons aujourd’hui, Philippe Séguin l’avait parfaitement annoncé à la tribune de l’Assemblée nationale, le 5 mai 1992 : « On nous dit que l’Europe se fait à bas bruit, qu’il faut avancer masqués pour ne pas effrayer les peuples. […] Mais alors, quelle démocratie est-ce là ? » Trente ans plus tard, les peuples ne sont même plus effrayés : ils sont absents. Ce n’est plus seulement l’Europe qui se construit sans eux, c’est la France elle-même qui se tait quand elle devrait parler, commente quand elle devrait gouverner, s’indigne quand il est trop tard.

Dans ce silence assourdissant, une voix s’est levée, celle de David Lisnard : « Les réactions mitigées, réticentes et quoi qu’il en soit en mode commentaires de l’exécutif français sont révélatrices. La France est-elle devenue spectatrice à ce point de ce qui la concerne directement ? Quel mandat a-t-elle donné à la Commission ? Là aussi, il va falloir tout revoir de fond en comble. »

Tout revoir, oui. Redonner à la démocratie ses droits. Rappeler à la Commission son rôle d’exécutant. Restaurer la souveraineté du politique sur la technique. Et surtout, réveiller les peuples, avant qu’il ne soit trop tard. Parce que le silence d’un Président, dans une affaire de cette importance, n’est pas une prudence : c’est une reddition.

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