
Ah, la France… Cet enfer néolibéral où l’État prélève 57 % de la richesse nationale pour mieux la redistribuer à lui-même, où l’on recense plus de 360 impôts et taxes, où l’on croule sous 88 codes juridiques et près d’un demi-million de normes, où chaque décision doit s’aligner sur une circulaire, un décret ou une note de service. Et pourtant, à en croire Jean-Luc Mélenchon et les auteurs du dernier programme du Parti socialiste (photo / avril 2025), nous vivrions sous le joug d’un capitalisme sauvage, livré aux « puissances de l’argent »12. Il faut croire qu’ils vivent dans une autre France…
Une performance mondiale d’étatisme
Derrière les slogans se cachent des chiffres. Et quels chiffres !
- 57,3 % du PIB en dépenses publiques : seuls Cuba et la Corée du Nord font mieux3.
- 47,7 % de prélèvements obligatoires, championne ex-aequo avec la Belgique4.
- 11 % des dépenses sociales mondiales, pour 1 % de la population planétaire5.
- Premier déficit primaire des pays de l’OCDE, troisième dette publique après le Japon et l’Italie67.
- SMIC net parmi les plus élevés d’Europe8 (au 6ᵉ rang, derrière des pays comme le Luxembourg, l’Irlande ou l’Allemagne) indemnisation chômage jusqu’à 27 mois9, âge moyen de départ à la retraite à 62 ans et 8 mois (soit près d’un an avant la moyenne européenne (63 ans et 7 mois).
Dans ce pays où l’on ne peut pas couper un arbre sans consulter le PLU, il faut oser parler de « dérégulation sauvage ».
Un pays où l’on vit de l’État plus qu’on ne le sert
Quand 23 % des actifs sont fonctionnaires13, quand 15 millions de retraités, 4 millions de chômeurs indemnisés, 4 millions d’allocataires sociaux et 770 000 salariés d’entreprises publiques dépendent directement de la dépense publique, faut-il vraiment s’étonner que près de 6 adultes sur 10 vivent, peu ou prou, de l’argent public ? Encore un effort, et la boucle sera bouclée : l’État finira par se subventionner lui-même.
Interrogée sur la loi agricole Duplomb le vendredi 11 juillet, l’élue écologiste de Paris Sandrine Rousseau a suscité la polémique en déclarant : «J’en ai rien à péter de la rentabilité des agriculteurs». Ils sont nombreux, à gauche (et parfois à droite) de n’en avoir « rien à péter de la rentabilité », en général ! Mais sans rentabilité des activités économique de notre pays, qui va financer tout cela ?
Générosité sans limites… et sans responsables
Nous sommes généreux. Très généreux. Mais avec l’argent des générations futures. La dette publique frôle les 3 100 milliards d’euros7. Et chaque année, sans que cela ne choque personne, nos gouvernants nous promettent, la main sur le cœur, qu’ils vont réduire la dette, en se fixant un objectif de déficit budgétaire !
Notre modèle ? Une solidarité sans producteur, une redistribution sans base, un système sans contrepartie. Le mérite y est suspect, la réussite taxée, l’autonomie punie. « Il n’est de richesse que d’homme », écrivait Jean Bodin. Mais encore faut-il laisser les hommes libres de produire, d’échanger, de bâtir.
L’hospitalité républicaine… sans frontières, ni budget
Chez nous, même ceux que l’État ne reconnaît pas comme « citoyen » peuvent bénéficier de ses bienfaits :
- Scolarisation gratuite des enfants en situation irrégulière18 ;
- Accès aux soins via l’AME, l’Aide Médicale d’État19 ;
- Travail informel toléré, voire encouragé, dans certains secteurs.
L’hospitalité est une vertu. Mais elle devient ruine quand elle oublie de compter.
Le bal des mots creux
Dans les amphithéâtres subventionnés et les rédactions bien dotées, on dénonce le « néolibéralisme », la « dérégulation », le « capitalisme destructeur ». Pendant ce temps, le Code général des impôts grossit, le Code de l’urbanisme s’épaissit, les normes s’empilent. « La liberté, disait Raymond Aron, ce n’est pas l’absence de l’État, c’est l’existence d’un État limité. » Et Tocqueville ajoutait : « Le despotisme, sans rien briser, amollit, plie, gêne, énerve, éteint… Il ne tyrannise pas, il entrave, il comprime, il énerve, il stupéfie. »20 Sommes-nous si loin de ce tableau ?
L’illusion d’un pays généreux
On veut croire que tout est dû et « gratuit » : école, santé, retraite, logement, revenu, bonheur. Mais qui paye ? Qui assume ? Qui ose dire que tout cela a un coût ? La France n’est pas « ultralibérale ». Elle est surtout sur-administrée et ultra-bureaucratique. Un pays où l’État est partout – sauf là où il devrait être. Comme l’ironie de Gaspard Proust le résume cruellement : « Le socialisme, c’est quand on met dix personnes dans une pièce et qu’à la fin, il n’y en a plus qu’une qui bosse pour les neuf autres – et encore, à condition qu’elle soit d’accord. »
Quand les faits sont têtus
Lénine disait que « les faits sont têtus ». Les nôtres crient qu’un pays qui veut tout donner finit par ne plus rien produire. À force d’étouffer l’initiative, de punir l’effort, d’étrangler le travail sous la fiscalité et la norme, on assèche l’avenir. Il est temps de retrouver le sens des mots. Le libéralisme, le vrai, c’est la liberté d’entreprendre, pas le culte du guichet. Et la justice, ce n’est pas de prendre toujours plus à ceux qui produisent pour financer une illusion.
Notes :
- Jean-Luc Mélenchon, meeting à Montpellier, avril 2023. ↩
- Parti socialiste, Document d’orientation 2025, p. 8. ↩
- OCDE, Dépenses publiques totales en % du PIB, données 2023. ↩
- Eurostat, Tax revenue statistics, édition 2024. ↩
- FMI, World Economic Outlook, avril 2023. ↩
- OCDE, Economic Outlook, n° 115, 2024. ↩
- INSEE, Dette publique de Maastricht au 1er trimestre 2025, publiée juin 2025. ↩ ↩2
- DARES, État du marché du travail, avril 2025. ↩
- Unédic, Règles de l’assurance chômage, réforme 2023. ↩
- OCDE, Pensions at a Glance, 2023. ↩
- OCDE, Panorama des pensions, 2023. ↩
- Eurostat, Age of effective labour market exit, 2024. ↩
- INSEE, Emploi dans la fonction publique, 2023. ↩
- CNAV, Statistiques sur les pensions versées, 2024. ↩
- CAF, Prestations sociales, rapport annuel 2024. ↩
- INSEE, Chômage indemnisé, données 2024. ↩
- INSEE, Entreprises publiques, rapport 2024. ↩
- Code de l’éducation, article L131-6. ↩
- Assurance maladie, Guide de l’AME, 2024. ↩
- Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome II, 1840. ↩
