Commerce équitable, agriculture durable

Conseiller Général de Gironde, élu dans le Canton de Sauveterre de Guyenne. Avec 7500 ha de vignes, le Canton de Sauveterre est la plus vaste canton producteur de vin de Bordeaux en Gironde, et de vin d’AOC en France. C’est aussi un canton d’élevage, avec notamment, à Gornac, le plus grand élevage de vache laitière de Gironde.

Article paru dans le Journal Sud-Ouest « Carte Blanche »

La loi du marché n’existe pas !
Les producteurs de lait se plaignent, et ils ont raison ! Le lait que leurs vaches produisent est de plus en plus riche, les normes européennes qu’ils respectent sont de plus en plus contraignantes… Et on leur annonce que le prix du lait va baisser car le marché mondial l’exige : le prix de la poudre de lait et du beurre baisse… Or le prix du lait est indexé sur le beurre et la poudre de lait! Pourtant leur lait ne sert pas à faire du beurre, il sert à faire du fromage ! Et les fromages se vendent de plus en plus cher.

Les producteurs de vin se plaignent, et ils ont raison ! Le vin qu’ils produisent se vend de moins en moins cher : il y a 20 ans il fallait 20 baguettes de pain pour payer une bouteille de vin ! Aujourd’hui 3 ou 4 suffisent ! Pourtant les progrès qualitatifs sont énormes, et la notoriété mondiale de Bordeaux est grande ! Si le prix au tonneau diminue, on n’observe pas vraiment de baisse des prix dans la distribution…

Alors que la baisse des prix devrait engendrer une augmentation des volumes, les volumes stagnent : preuve que la baisse des prix n’est pas répercutée au consommateur ! Dans ces conditions, la loi du marché est-elle vraiment une loi ? L’offre et la demande régule-t-elle réellement les prix et le marché ? Pour ma part, j’en doute !

En effet, dans un marché libre la baisse des prix entraîne une augmentation des volumes, l’augmentation des volumes entraîne une augmentation des prix, l’augmentation des prix entraîne une diminution des volumes… Et le tout s’équilibre ! Sauf en cas de « monopole », ou de pseudo monopole : les producteurs de lait de mon canton ne peuvent pas changer de laiterie tous les matins, il en va de même des producteur de vin qui vendent leur vin aux négociant de la place de Bordeaux, dans le cadre d’une « filière de distribution partenariale » !

Ainsi lorsque les prix diminuent on observe plus une augmentation des ventes… On envisage donc plus une augmentation des prix ! C’est parfois même le contraire que se produit : la diminution des prix en traîne un désamour envers les produits : lorsque leur prix de vente est inférieur à leur valeur ! Dans le cas du Bordeaux on a l’impression que les opérateur on honte de vendre des Bordeaux à 1€50, ou des Médoc à 1€90… D’ailleurs les bouteilles vendues à ce prix là ne sont même pas signées. Peut on encore parler d’Appellation d’Origine Contrôlée, quand le consommateur n’est pas en capacité de contrôler l’origine d’un produit? Que dire de ces opérateurs qui parlent ensuite de la promesse que doit tenir « Bordeaux » ?

Il faut imaginer autre chose…
Il faut encourager les partenaires à rentrer dans une logique de partenariat… Mais personne n’a envie de rentrer dans une logique de partenariat avec des formules de calcul des prix scélérates : un prix du lait indexé sur le prix du beurre et de la poudre, alors que les exigences pour faire de la qualité sont toutes autres ; un prix du vin indexé sur le court moyen CIVB, alors que celui là ne rémunère même plus les charges fixes de l’exploitations !

Il faut donc trouver une autre façon de réguler le marché et de répartir les marges dans les filières : l’exemple que je voudrais prendre est celui des loyers.

Lorsque l’on loue un appartement ou une maison, le prix du loyer dépend de l’offre et de la demande, au moment où on le loue. Une fois l’appartement loué, le propriétaire aurait beau jeu de dire à son locataire : maintenant que vous êtes installés, vous ne pouvez plus déménager, j’augmente votre loyer ! De même, le locataire, une fois installé pourrait dire, désormais, je suis dans les mûrs, je vous paye moitié moins !

Cette possibilité pour l’un comme pour l’autre n’existe pas, car le montant du loyer est indexé sur l’indice INSEE du coût de la construction ! Ainsi, chaque année, le loyer sera réévaluer en fonction de cet indice.

En Viticulture, comme dans la production de Lait, les producteurs sont dans la situation du propriétaire, et les négociants et fromagés, dans la situation des locataires ! Sauf qu’ils n’ont ni les même droit ni les même devoirs !

Ma proposition est donc la suivante : que dans le cadre des contrat de partenariat pluriannuels, les prix de vente soient indexés, non plus sur le « prix du marché » mais sur un indice INSEE qui prennent en compte : les prix de vente constatés des produits finis, et l’évolution des prix de main d’œuvre dans les métiers concernés.

Cette proposition vaut pour le lait : si la laiterie qui achète le lait produit 70% de fromage haut de gamme et 30% de poudre et de beurre, je ne voix pas pourquoi le prix du lait n’est pas indexé à 70% sur le prix du fromage !

Cette proposition vaut pour le vin : si le vin en VRAC acheté au viticulteur entre dans la constitution d’une marque, il est logique que son prix de vente soit indexé au prix de la marque en question ! Parce que cette marque a des exigences propres !

Cette proposition vaut pour toutes les productions agricoles : les salaires agricoles ont été rehaussés depuis deux ans de 20%, le temps de travail a lui été réduit de 10%, l’indice devrait tenir compte de cette augmentation. Chacun sait que dans le compte d’exploitation d’une entreprise agricole, les salaires et charges sociales représentent la majorité des charges…

L’exemple du Roblochon
Au grand Bornand, en Savoie, pays d’Hervé Gaymard, le prix du lait est indexé sur le prix de vente du Roblochon… Ainsi, le lait est payé aux producteurs, quasiment deux fois plus cher que chez nous, en Gironde. Preuve que ça peut fonctionner ! Lorsque l’on interroge les fromageries ils nous disent : « Oui mais là c’est différent, car le Roblochon est une AOC »… (sic) Ce qui veut dire que pour les produits de type AOC il est possible de rémunérer différemment les producteurs ! Dont acte… Qu’est ce qu’on attend, alors, pour la plus vaste AOC de France, l’AOC Bordeaux ? A quand des contrats indexés sur le prix moyen de l’appellation constaté en GMS ? A quand des contrats indexés sur le prix de vente des marques, pour les vins constituants une marque ?

Certains négociants l’on déjà mis en place… Il convient, aujourd’hui d’élargir le champ de ces contrats en transformant ces contrats individuels, en contrats interprofessionnels ! Au-delà du vin et du lait, nous devons avoir la même réflexion pour tous les produits agricoles!

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