Déboiser 1000 hectares de pins en Gironde, à Saucats, pour implanter des panneaux solaires et produire de l’électricité !

Je me suis rendu hier soir avec mes compagnons du Mouvement de la Ruralité, à la réunion du débat public organisée à Saucats, dans un magnifique gymnase en pin, pour présenter le projet abracadabrantesque de Saucats. Nous étions un peu plus de 200 dans la salle de la Ruche.

Curieusement, alors que l’on demande à nos restaurateurs de bien vouloir faire la police et de s’assurer que tous leurs clients détiennent bien un passe-sanitaire avant de s’asseoir … A Saucats dans une réunion publique organisée sous couvert de l’Etat, aucun sésame n’était exigé … Aucune distance de sécurité non-plus. Le public masqué, était installé autour de tables de 10, face à face, … à peu près comme dans un restaurant ! Décidément, l’Etat, toujours prompt à donner des leçons, à bien du mal à se les appliquer à lui-même…

Mais venons-en au projet de Saucats qui consiste à déboiser 1000 hectares de pinèdes pour implanter 1000 hectares de panneaux photovoltaïques afin de produire ce que les promoteurs -ENGIE et NEOEN- nomment de l’électricité « verte » par opposition sans doute à l’électricité noire, celle produite avec du charbon ou du pétrole, comme en Allemagne …

Comme pour faire mieux passer la pilule on nous explique en préambule,  dans la description même du projet que notre forêt de pins est en fait de la « sylviculture industrielle » -quelle horreur- et que les bois ne sont pas accessibles au public « à cause des tirs des chasseurs » -voilà une bonne occasion de s’en débarrasser- …

On envisage donc à Saucats, dans les landes girondines, de raser un puits de carbone qui aujourd’hui capture jusqu’à 12000 tonnes de Co2[1] par an pour produire de l’électricité décarbonée … Avouez que c’est un non-sens !

D’un côté on crie au nom de l’écologie à la déforestation en Amazonie pour produire du soja … Et de l’autre on déboise 1000 ha au nom de la même écologie pour planter des panneaux photovoltaïques dans les Landes !

Je rappelle que la forêt française capte l’équivalent de 15 % des émissions de CO2 annuelles du pays.

De plus, après l’avoir séquestré, le bois stocke le carbone. Ainsi, 1 m3 de bois stocke 1 tonne de CO2. Quand le bois devient matériaux, ou bois d’œuvre, c’est du carbone stocké pour des années ! Et quand le bois remplace l’acier ou le béton, c’est évidemment la panacée : en effet quand la production d’1 m3 de bois permet de stocker 1 m3 de carbone, la production d’1 tonne d’acier produit elle environ 3 tonnes de CO2, et pour le béton c’est 7 fois plus !

Il ne faut donc pas considérer la forêt seulement comme un puits de carbone, mais aussi comme un fabricant de matériaux bas carbone qui permettent de se substituer à d’autres matériaux. A l’image du bois augmenté inventé par un ingénieur français passé par le MIT qui propose de retirer la lignine du bois pour en faire un carburant d’une part, et avec la structure en cellulose, un nouveau matériau avec des caractéristiques comparables aux matériaux les plus résistants et les plus souples qui soient.

La forêt est aussi le gisement des matériaux de demain.

Au-delà de son bilan carbone qui est négatif, ce projet est le projet de la démesure ! On parle d’un investissement de 1 milliards d’€uros !

C’est 10% du chiffre d’affaires de l’ensemble de la forêt de Nouvelle-Aquitaine ! C’est 5 fois le montant promis par le gouvernement dans le cadre du plan de relance pour aider à reboiser dans toute la France. C’est 7 fois les 150 millions promis récemment par Monsieur le 1er Ministre pour aider à réindustrialisation de la filière bois.

1 milliards d’euros, si je prends un chiffre de 2000 € par ha pour replanter une parcelle de pins, c’est le coût du reboisement de 500 000 ha ! Vous imaginez le nombre de tonnes de carbone que l’on pourrait fixer en reboisant 500 000 ha ! Sachant que comme l’atmosphère ne connait pas de frontière, on peut agir en reboisant n’importe où dans le monde.

C’est d’ailleurs l’objet du « défi de Bonn (Bonn Challenge) » lancé en 2011 : Restaurer 350 millions d’hectares de terres dégradées et déboisées d’ici à 2030. Il a été validé lors de la déclaration de New York sur les forêts, lors du Sommet sur le climat des Nations Unies de 2014.

Produire de l’énergie décarbonée, dont nous n’avons pas besoin !

Mais le plus curieux, dans ce projet, c’est qu’il vise à investir 1 milliard d’euros pour produire de l’électricité décarbonée dans une région, la Nouvelle-Aquitaine, qui est déjà productrice à 100% d’électricité décarbonée et, qui plus est, qui est excédentaire ! Nous serions en Allemagne, le problème serait différent. Chaque panneaux permettrait d’éviter de bruler du charbon …

D’après RTE, la Nouvelle-Aquitaine produisait en 2019 56,2 TWh d’électricité et en consommait 39,8 TWh. L’électricité produite est déjà 100% décarbonée : 80% issue du nucléaire, 7% de l’hydroélectricité, 5% du photovoltaïque et 3% de l’éolien, … Or l’électricité ne se stocke pas.

Autant le photovoltaïsme présente bien des qualités et mérite d’être développé pour la consommation locale, l’autoconsommation, en privilégiant des friches industrielles, les superstructures de bâtiments, les hangars et les usines, en ombrage de parking, ou dans des lieux déjà artificialisés, autant supprimer 1000 ha de forêt ou de terres agricoles pour produire de l’électricité à un endroit où nous n’en avons pas besoin est pour le moins déraisonnable.

Y consacrer 1 milliards d’euros dont la filière bois aurait tant besoin pour se structurer avec des enjeux autrement plus importants, sur le climat et sur l’économie, est complètement déraisonnable aussi.

Je rappelle que la balance commerciale de la France en se qui concerne la filière bois forêt est déficitaire de 7 milliards d’€.

Alors, investissons plutôt pour transformer nos bois en France plutôt que pour importer des cellules photovoltaïques de Chine.

Ceux qui envisagent de déboiser 1000 hectares de forêt pour produire une électricité dont nous n’avons pas besoin sont certainement les mêmes qui n’omettent jamais d’écrire en bas de leurs courriers électroniques « pour protéger la forêt, n’imprimez ce message que si nécessaire ». 

Ce projet n’est ni utile, ni nécessaire.


[1] Un arbre absorbe chaque année entre 10 et 40 kg de CO2

3 commentaires sur “Déboiser 1000 hectares de pins en Gironde, à Saucats, pour implanter des panneaux solaires et produire de l’électricité !”

  1. guylaine mouysset

    Où va t’on ? A l’heure où tout le monde crie alerte ! on décide de raser les arbres, en pleine conscience, nous vivons dans un monde bourré de contradictions !

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