
« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » — Bossuet
Il faut voir les tribunes indignées, les tweets rageurs, les pétitions enflammées. Plus d’1 million de signataire de la pétition contre la loi Duplomb ! À l’occasion du débat parlementaire, certains élus de la gauche radicale ont retrouvé leurs réflexes : protester, condamner sans vergogne, bloquer, et mentir outrageusement devant la représentation nationale ! L’objet de leur courroux ? La réintroduction, strictement encadrée, d’un insecticide : l’acétamipride[1].
Cette molécule, autorisée au niveau européen, est aujourd’hui utilisée dans une vingtaine de pays pour lutter contre des ravageurs spécifiques, notamment dans les cultures de la betterave, les vergers de pommiers ou de noisetiers. En France, elle constitue la seule solution efficace pour éviter les pertes massives liées à la jaunisse virale de la betterave, transmise par les pucerons ou les pertes de récolte occasionnée dans les noisetiers par la punaise diabolique【1】.
Or ces mêmes élus et militants qui brandissent aujourd’hui des banderoles contre l’acétamipride [1] ont passé les trente dernières années à démonter les alternatives scientifiques à l’usage des produits phytosanitaires. Ce sont eux qui ont vandalisé les essais d’OGM, arraché les vignes résistantes au mildiou [5], bloqué les recherches sur les nouvelles techniques de sélection (NGT), confondu sélection génomique et capitalisme transgénique.
Ils ont interdit les molécules.
Ils ont saboté la recherche.
Ils ont empêché les alternatives.
Et maintenant que des filières agricoles sont menacées d’effondrement, ils crient au scandale, dénoncent un « retour en arrière », signent des pétitions. Ils déplorent les effets — dont ils ont chéri les causes.
Cette hypocrisie n’est pas un accident. C’est un système. Un réflexe culturel. Car ces postures absurdes se répètent dans tous les domaines de la vie publique.
Ils prônent la décroissance démographique, accusent l’enfant d’être un « poids carbone », célèbrent la stérilité comme acte militant, détricotent la politique familiale de la France — puis s’étonnent de la fermeture des classes et des écoles. En janvier 2025, constatant la baisse des effectifs, conséquence de la baisse des naissances, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé la suppression de 2 584 classes, dont une majorité en zone rurale【2】. À Lannion, à Bédarieux, à Chautay, à Sauveterre-de-Guyenne, il y a moins d’élèves ! Mais on érige des barricades avec des pupitres, on convoque les médias, pour empêcher les classes de fermer !
Ils fustigent les moteurs thermiques, interdisent les vieux diesels, réclament des Zones à Faibles Émissions[7] (ZFE) toujours plus étendues — puis organisent des sit-in devant les usines de Faurecia, Continental, Bosch , menacées de fermeture【3】. Ils avaient pourtant voté la loi LOM [8] (2019) et la loi Climat-Résilience [9] (2021) qui avaient préparé ces interdictions. En 2025, les mêmes élus accusent l’État de détruire l’emploi industriel !
Ils sabotent depuis trente ans la filière nucléaire, ont tué dans l’œuf « Super Phoenix », puis le programme « ASTRID », ils ont applaudi à la fermeture de Fessenheim, ils s’opposent à chaque projet d’EPR, à chaque ligne à haute tension — puis déposent des motions pour soutenir Alstom, dont les turbines équipent justement ces centrales qu’ils veulent tuer. Le cœur du réacteur a besoin de constance ; eux vivent de volte-face.
Au nom du climat, ils veulent sortir du charbon, interdire le coke métallurgique, fermer les hauts-fourneaux — puis s’inquiètent de la disparition de la sidérurgie française. ArcelorMittal ferme, la Lorraine s’éteint, alors ils viennent verser une larme de crocodile devant les ouvriers qu’ils ont sacrifié en chantant « les mains d’or » de Bernard Lavilliers.
Ils réclament une agriculture « zéro phyto », votent l’interdiction des molécules autorisées partout ailleurs, sabotent l’irrigation, accusent la sélection végétale d’être « antinationale »… puis dénoncent la détresse du monde paysan, la hausse des prix alimentaires, la disparition des fruits français dans les cantines. Ils veulent des pommes bio, locales et pas chères — et ne comprennent pas pourquoi elles viennent de Pologne. Ils veulent des circuits courts, mais ils interdisent aux agriculteurs Français les solutions pour produire ce qu’on produit ailleurs !
Ils manifestent contre la bétonisation, contre la densification, contre les projets de logements. Ils votent la loi ALUR, le concept ZAN, et interdisent de construire. Ils instaurent des permis de louer, des encadrements des loyers, inventent le DPE, le coefficient d’énergie primaire, et interdisent de louer. Puis s’émeuvent de la crise du logement[10], des loyers inabordables, des jeunes contraints de quitter leur ville, le manque criant de logements étudiants !
Ils célèbrent une école sans notes [11], sans exigence, sans autorité. L’élève-roi y siège sur un trône en gommettes. Puis ils découvrent, effarés, l’effondrement du niveau scolaire, l’indiscipline, les agressions contre les professeurs. La liberté sans exigence engendre la barbarie douce, et la pédagogie sans fondement devient une impasse.
Ils dénoncent le commerce international, la mondialisation, les conteneurs et les cargos — puis s’étonnent que la France n’ait plus d’autonomie logistique. Ils ont oublié la mer. Ils ont oublié les ports. Ils ont préféré les ZAD aux terminaux, les utopies au concret. Dans un pays qui importe et exporte 70 % de ses conteneurs par Anvers, Hambourg et Rotterdam [4] Mais les grands élus écologistes manifestent… pour relancer l’économie bleue.
Et toujours, ils exigent l’impossible :
Le progrès, sans technologie.
L’abondance, sans production.
La sécurité, sans autorité.
La souveraineté, sans frontières.
Le confort, sans effort.
Tout cela serait risible si ce n’était tragique. Et si ce n’était répété, inlassablement, dans tous les domaines. On interdit. On détruit. On entrave. Puis on manifeste.
La politique devient alors l’art de jouer avec les allumettes et d’accuser les autres de l’incendie.
« La démocratie étend les désirs, mais contracte les moyens. » écrivait Tocqueville. À force de vouloir tout, et son contraire, on finit par n’avoir rien. Rien, sinon le fracas de nos contradictions.
Bossuet nous avait prévenus. Il rit encore.
Mais nous, citoyens, ne rions plus.
Nous voulons des responsables qui assument leurs choix.
Des politiques qui aiment les causes dont ils veulent les effets.
Des élus cohérents. Et peut-être, un peu, courageux.
Références
1. Le Point, « Acétamipride : que dit vraiment la science ? », 21 juillet 2025.
2. Ministère de l’Éducation nationale, Mesures de carte scolaire pour la rentrée 2025, janvier 2025.
3. Le Monde, « Fermeture de sites : les équipementiers automobiles pris en étau par les normes environnementales », 4 février 2025.
4. Sénat, Rapport d’information n°645 (2023-2024), « Filière portuaire française : un géant aux pieds d’argile », juin 2024.
5. INRAE, « Vignes transgéniques : une expérimentation vandalisée », communiqué, août 2010.
6. EFSA , « Peer review of the pesticide risk assessment of the active substance acetamiprid », EFSA Journal 2022;20(8):7401.
7. ADEME, « Zones à Faibles Émissions : état des lieux et perspectives », rapport 2023.
8. Assemblée nationale, Loi n°2019-1428 du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités (LOM).
9. Assemblée nationale, Loi n°2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets.
10. Cour des comptes, « La crise du logement : facteurs et responsabilités », rapport 2024.
11. UNESCO, Rapport mondial sur l’éducation 2023 : les effets des méthodes sans notation sur les apprentissages fondamentaux.
