[ENTRETIEN] « Une partie de la crise écologique est une crise de la transmission »

Yves d’Amécourt présente son nouveau livre, une ode à la France.

Entretien publié le 14 juin 2026 par Boulevard Voltaire

Yves d’Amécourt, bien connu des lecteurs de BV, est vigneron et élu local en Gironde. Dans son dernier livre, L’Humain, l’Écologie et la Politique (aux Éditions du Bien commun), il met à profit son expérience pour proposer une réflexion politique et philosophique sur l’écologie, la transmission et la place de l’Homme dans la société. Entretien avec un homme d’action amoureux de la France.

Chloé Pineault. Vous attachez une grande importance à « la vérité du monde réel », qui est le titre d’une des parties de votre ouvrage. Quelle part de votre expérience d’élu de terrain avez-vous mise dans ce livre ?

Yves d’Amécourt. La quasi-totalité. J’ai voulu écrire un livre de politique à partir du réel et non à partir d’une idéologie. C’est probablement ce qui le distingue de beaucoup d’ouvrages publiés aujourd’hui. Pendant plus de vingt ans comme secrétaire général d’un syndicat de vignerons, maire, président d’une communauté de communes, conseiller général et conseiller régional, mais aussi comme viticulteur et chef d’entreprise, j’ai appris une leçon simple : le réel finit toujours par se venger de ceux qui l’ignorent. Nous vivons dans un pays où les décisions sont de plus en plus souvent prises par des personnes qui connaissent parfaitement les procédures mais qui ont parfois perdu le contact avec les réalités concrètes de la vie quotidienne. Elles savent rédiger des normes, mais moins souvent gérer une exploitation agricole, une entreprise, une commune ou une famille.

Je crois que c’est l’une des raisons du fossé qui s’est creusé entre le peuple et ses représentants. Le pays réel vit sous les contraintes du quotidien, tandis que le pays administratif produit des réglementations toujours plus nombreuses pour corriger les effets des précédentes. Dans ce livre, je raconte des situations vécues. J’y parle de l’école, des collectivités locales, de l’agriculture, de l’entreprise, de la bureaucratie, de l’écologie, de la transmission. J’essaie surtout de montrer comment le bon sens a progressivement cédé la place à la technocratie. Ce livre est donc autant un diagnostic qu’un appel. Un appel à réconcilier la politique avec le réel. Car lorsqu’une société cesse de regarder le monde tel qu’il est, elle finit par ne plus savoir où elle va.

C. P. Vous prônez la beauté comme principe écologique afin de réapprendre à habiter la planète. En quoi la beauté protège-t-elle mieux la nature que les réglementations ou les contraintes administratives ?

Y. d’A. Parce qu’on protège ce que l’on aime et que l’on aime ce que l’on trouve beau. L’écologie contemporaine parle beaucoup de contraintes et trop peu d’émerveillement. Elle produit des interdictions, des taxes, des obligations. Elle mobilise la peur plus souvent que l’admiration. Pourtant, ce qui a façonné les plus beaux paysages de France, ce ne sont pas les administrations mais les générations qui nous ont précédés. Les vignobles, les bastides, les bocages, les forêts entretenues, les villages de caractère sont nés de la volonté d’hommes et de femmes qui souhaitaient transmettre quelque chose de plus beau qu’ils ne l’avaient reçu. La transmission est au cœur de toute véritable écologie. Lorsqu’elle disparaît, tout vacille. Pourquoi entretenir une maison familiale si personne ne doit l’habiter, demain ? Pourquoi planter un arbre si l’on ne croit plus aux générations futures ? Pourquoi préserver un paysage si l’on ne se sent plus dépositaire d’un héritage ?

Je crois qu’une partie de la crise écologique est en réalité une crise de la transmission. Nous avons remplacé la responsabilité personnelle par la réglementation. Nous avons remplacé l’amour du patrimoine par sa gestion administrative. Ce qui donne du sens à ma vie, ce n’est pas de consommer davantage ou d’accumuler davantage. C’est de transmettre. Transmettre une culture, une mémoire, un paysage, une maison, des valeurs, une certaine idée du beau, une certaine idée de la France. L’écologie que je défends n’est pas celle de la décroissance des hommes. C’est celle de l’amour de ce qui mérite d’être transmis.

C. P. Vous soulignez le recul de la natalité et vous y voyez le symptôme d’une crise de l’espérance. Sans cette espérance, pas d’engagement et donc pas de relève. Comment une société peut-elle se projeter dans l’avenir alors que les signes de déclin se multiplient ?

Y. d’A. La première condition du redressement est de refuser la résignation. Depuis plusieurs décennies, l’Occident vit sous le signe du doute. Nous doutons de notre Histoire, de notre culture, de nos institutions, de notre modèle de civilisation. Et parfois même de notre légitimité à transmettre la vie. Le recul de la natalité est à cet égard révélateur. Une société qui ne fait plus d’enfants est souvent une société qui ne croit plus suffisamment à son avenir. Ce qui me frappe, c’est que certains discours présentent désormais l’homme comme un problème à gérer plutôt que comme une promesse. On explique aux jeunes générations que la croissance est suspecte, que l’industrie est dangereuse, que la propriété est discutable, que la transmission est un privilège et que la naissance elle-même constituerait une menace pour la planète. Comment s’étonner, ensuite, que l’espérance recule ? Une société ne se construit pas sur la peur de demain mais sur le désir de transmettre. Avoir un enfant, créer une entreprise, planter une vigne ou un arbre, restaurer une maison, écrire un livre : ce sont des actes de confiance dans l’avenir.

Au fond, ce livre est lui-même un acte de transmission. Je l’ai écrit pour mes enfants. Non parce que je prétendrais avoir réponse à tout, mais parce qu’après plusieurs décennies de vie publique, professionnelle et familiale, j’ai voulu leur transmettre ce que je crois avoir compris : que la liberté est indissociable de la responsabilité, que la beauté mérite d’être protégée, que la vérité compte davantage que les modes idéologiques et que l’homme demeure la plus grande richesse de l’humanité. Si les lecteurs de Boulevard Voltaire trouvent dans ces pages matière à réflexion, à débat ou à espérance, alors ce livre aura atteint son but.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *