Faire des déchets une ressource : la réponse responsable au défi environnemental

Pointe-Noire au Congo-Brazzaville photo Yves d’Amécourt

À l’occasion du sommet sur les océans de Nice, la question des plastiques marins a ressurgi avec force. C’est légitime. Mais c’est souvent mal posé. À chaque fois, le même réflexe : interdire, bannir, culpabiliser. Interdire les emballages, bannir le plastique, dénoncer le consommateur. Cette approche simpliste fait l’économie d’une réalité complexe : ce ne sont pas nos pailles en carton ou nos barquettes en plastique recyclé qui asphyxient les océans. Ce sont, pour l’essentiel, des déchets non collectés, non traités, déversés par les grands fleuves d’Asie et d’Afrique¹. Le vrai problème est là. Et la solution ne réside pas dans une politique de décroissance punitive, mais dans le développement massif de filières de valorisation des déchets, ici comme ailleurs.

Valoriser les déchets, c’est réduire les pertes et créer de la valeur

Un déchet, c’est d’abord une matière dont on ne sait plus quoi faire. Changeons de regard. Ce que nous appelons “déchet” peut devenir matière première secondaire, source d’énergie, carburant ou gaz renouvelable, pourvu que l’on s’en donne les moyens techniques et logistiques. Aujourd’hui, la valorisation énergétique représente déjà un levier essentiel de notre transition : en France, 118 unités traitent près de 14 millions de tonnes de déchets par an, et produisent 15 TWh d’énergie². Demain, avec une politique claire et incitative, cette production pourrait doubler et atteindre 30 TWh, soit l’équivalent de six réacteurs nucléaires. Voilà une réalité que l’idéologie refuse de voir.

Toutes les solutions ont leur place, en complémentarité

Le dogmatisme écologique oppose souvent recyclage et incinération, vrac et emballage, réduction et valorisation. En réalité, ces dimensions sont complémentaires. Il faut d’abord réduire les déchets à la source, oui. Puis trier, recycler ce qui peut l’être. Et valoriser le reste :
– par incinération avec récupération d’énergie (UVE),
– par production de CSR (Combustibles solides de récupération) pour l’industrie,
– par méthanisation des biodéchets et récupération du biogaz en décharge,
– ou encore par pyrolyse et gazéification, technologies émergentes mais prometteuses.
La diversité des filières est la condition de l’efficacité. La solution unique n’existe pas.

Earthwake : transformer les plastiques en carburant local

Prenons un exemple. La start-up française Earthwake a développé une machine de pyrolyse mobile, Chrysalis, capable de transformer 10 tonnes de plastique par mois en carburant : gazole, essence, gaz, utilisés pour les camions de collecte ou les générateurs³. Le tout, dans un container autonome, sans composants fragiles, fonctionnant grâce à son propre gaz produit. Ce type d’innovation est exactement ce qu’il faut soutenir et diffuser, notamment dans les pays du Sud, là où l’infrastructure manque. Earthwake ne supprime pas le plastique, elle le reconvertit. Voilà l’esprit circulaire.

L’emballage : ennemi fantasmé, allié mal compris

Les emballages, lorsqu’ils sont bien conçus et bien collectés, ne sont pas un fléau environnemental, mais un outil de préservation des aliments, de réduction du gaspillage et de sécurité sanitaire. Supprimer les emballages, comme le proposent certains, c’est souvent multiplier les pertes et diminuer la durée de conservation des produits. La vente en vrac a son utilité en circuit court, mais reste inadaptée à 95 % des circuits de distribution. Le bon sens commande non pas de supprimer, mais d’améliorer : rendre les emballages plus sobres, plus recyclables, plus facilement collectés. Pas de jeter le bébé avec l’eau du bain.

La mer se remplit de ce que les fleuves y apportent

On ne le répètera jamais assez : 80 % des plastiques retrouvés dans les océans viennent des rivières, principalement asiatiques et africaines. Une étude publiée dans Science Advances recense plus de 1 000 fleuves responsables de la majorité des rejets de plastique en mer⁴. Le Yangtsé, le Gange, le Nil : ces fleuves charrient chaque année des centaines de milliers de tonnes de déchets, faute de collecte et de traitement. La solution ? Elle n’est pas ici, dans des lois punitives contre les consommateurs français. Elle est là-bas : dans le transfert de savoir-faire, le soutien aux technologies adaptées, la mise en place de filières locales de valorisation.

Une responsabilité collective, un enjeu stratégique

La valorisation des déchets ne relève pas de la cosmétique politique. C’est une priorité stratégique, pour l’écologie, pour l’énergie, pour l’emploi, pour notre souveraineté. C’est l’un des rares domaines où l’on peut agir vite, concrètement, efficacement. En conjuguant pragmatisme, innovation et bon sens, nous pouvons faire de ce qui nous embarrasse aujourd’hui une richesse utile, une énergie propre, une matière première secondaire.

Alors oui, exigeons des politiques ambitieuses, mais réalistes. Oui, encourageons les comportements responsables, mais refusons les interdits absurdes. Oui, promouvons la réduction à la source, mais sans diaboliser la valorisation.

L’écologie ne gagnera pas par la punition. Elle avancera par la transformation, par l’intelligence industrielle, et par le respect des réalités.


Références

¹ Meijer et al., Science Advances, 2021. “More than 1000 rivers account for 80 % of global riverine plastic emissions.” DOI: 10.1126/sciadv.aaz5803

² FNADE, “Valorisation énergétique : une énergie locale, renouvelable, compétitive”, 2024. www.fnade.org

³ Earthwake, « Chrysalis – la machine qui recycle les plastiques en carburant », prix EDF Pulse 2020. https://www.edf.fr/groupe-edf/inventer-lavenir-de-lenergie/edf-pulse/les-laureats/earthwake-la-machine-qui-recycle-le-plastique-en-carburant

⁴ Ibid. Meijer et al., Science Advances, 2021.

Les dix fleuves du monde qui charrient le plus de plastique | National Geographic

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