Aldi, à 1,99 € TTC la bouteille de vin de Bordeaux ou de Côtes du Rhône, on ne respecte rien, ni personne !

Il y a des phrases qui sonnent comme une gifle. Celle de M. Roger Anthony, acheteur bières, vins et spiritueux pour ALDI France, relayée par Vitisphère le 14 juin dernier, en fait partie. « Un produit à 1,99 €, un Bordeaux ou un Côtes-du-Rhône, pour moi c’est encore rémunérateur, on respecte le viticulteur. » Fermez le ban. L’insulte est servie, le mépris emballé sous blister.

À ce tarif-là, ce ne sont pas seulement les viticulteurs qui sont sacrifiés. C’est toute une chaîne de valeur — du vigneron au transporteur, du négociant au producteur de « matière sèche » (bouteille, bouchon, étiquette, carton) — qui est piétinée. Une bouteille de vin à 1,99 € TTC, c’est mathématiquement impossible si l’on veut rémunérer dignement chacun des maillons de la filière. Ce n’est pas une opinion. C’est un fait. Un fait économique. Un fait humain.

Car la viticulture n’est pas un décor de carte postale. C’est un métier. C’est du travail, de l’investissement, des charges, des risques climatiques, des années d’efforts pour élever un vin à la hauteur d’un terroir. C’est aussi, de plus en plus souvent, de la détresse et du découragement. À Bordeaux comme ailleurs, les arrachages se multiplient, les exploitations familiales se vendent, les caves ferment. Et pendant ce temps, on vient expliquer depuis une salle de réunion climatisée qu’un vin à moins de deux euros « respecte » ceux qui le produisent ? Faut-il rire ou pleurer ?

Quand on fixe de tels prix, ce n’est pas seulement un produit que l’on dévalorise, c’est un territoire que l’on abandonne. On oublie que derrière chaque AOC, chaque bouteille, il y a des femmes et des hommes, des familles, des paysages, un patrimoine, une culture. La loi Egalim, censée protéger les producteurs contre la vente à perte, est contournée ou ignorée. Et ceux qui devraient la faire respecter préfèrent entonner la petite chanson du prix cassé. Une chanson de la honte.

Monsieur Anthony, votre refrain, je ne le chanterai pas. La seule chanson qui vaille aujourd’hui, c’est “Aldi, c’est fini”.

Je le dis en solidarité avec tous ces viticulteurs qui n’avaient d’autre choix que de vendre à perte pour écouler leur stock, éviter la faillite ou rembourser les prêts. “Vendre, ou mourir”, telle est la situation à Bordeaux, dans de très nombreuses exploitations. Certains de nos collègues préfèrent mourir. Une tragédie silencieuse que vos propos ont rendue plus cruelle encore. Car ce que vous appelez « respect », eux le vivent comme un dernier abandon.

En ce jour où la vigne pleure, la filière viticole française a besoin de soutien, pas de votre respect à 1€99 TTC !

La filière a besoin d’ un engagement clair sur des prix d’achat respectueux du travail fourni. La filière a besoin que l’État assure la cohérence entre, ses discours, ses lois et leur application. Les consommateurs doivent savoir que derrière le mirage des « bonnes affaires » que propose ALDI, et la bonne conscience de son directeur des achats, il y a des familles qui se meurent ! 18000 hectares de vignes arrachées à Bordeaux, ce n’est pas de gaité de Cœur, c’est un plan social de 12 000 personnes !

  • Dans votre bouteille à 1,99 €, Monsieur Anthony, il y a plus de taxe que de vin : TVA, CVO, ODG, ADELPHE, ANDAR, OC…
  • Dans votre bouteille à 1,99 €, Monsieur Anthony, il y a plus de misère que de bonheur.
  • Dans votre bouteille, Monsieur Anthony, il y a des orages de grêle et des épisodes de gel, il y a la lutte contre le mildiou, il y a des viticulteurs payés en dessous du SMIC, quand ils sont payés,
  • Dans votre Bouteille, Monsieur Anthony, il y a des familles meurtries par le manque de reconnaissance et par votre infamie.

Dans cette bouteille à 1€99 , Monsieur, il n’y a aucun respect : ni de la qualité, ni du travail bien fait. Peut-être y a-t-il une fierté, une seule : la fierté mal placée d’un acheteur peu scrupuleux qui a souhaité mettre en bouteille toute la misère du monde.

La seule question que les viticulteurs se posent aujourd’hui, c’est : « À qui le tour ? »

Un vin digne ne peut être bradé.
Un vigneron digne ne peut être méprisé.
Le respect du vin commence par le respect de ceux qui le produisent.

La seule chanson qui vaille aujourd’hui, Monsieur Anthony, c’est “Aldi, c’est fini”.

Yves d’Amécourt
Viticulteur et ancien élu local de Gironde

Plusieurs tonnes de pieds de vignes déversées devant le magasin Aldi de Bagnols-sur-Cèze – ici

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