Je lis Sansal, parce qu’il est libre.

Ce week-end, dans toute la France, des voix s’élèvent pour un écrivain que l’on veut faire taire. #JelisSansal : c’est le mot d’ordre d’une opération nationale lancée par David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, pour soutenir l’un des plus grands écrivains francophones vivants, pris en otage par le régime algérien. De nombreuses communes relaient cet appel : bibliothèques, librairies, lecteurs et élus dressent une muraille de livres contre le silence, contre l’oubli, contre la peur.

Il y a quelques jours, nos bacheliers planchaient sur cette question : « La vérité est-elle toujours convaincante ? »
Il est urgent de répondre, avec Boualem Sansal, que convaincante ou pas, la vérité ne doit jamais être emprisonnée.
C’est elle qu’on étouffe aujourd’hui, en l’empêchant de voyager, de parler, d’alerter.
Or c’est précisément la vérité que Sansal traque depuis toujours — impitoyablement, lucidement, librement.

Boualem Sansal est Franco-Algérien, oui — mais surtout « libre ». Son œuvre est une gifle infligée aux faux-semblants, un feu sacré jeté contre l’hypocrisie des régimes autoritaires, qu’ils soient religieux, militaires, ou les deux. Depuis « Le Serment des barbares » jusqu’à « 2084. La fin du monde », il dénonce la montée de l’intégrisme, la lâcheté des élites, la trahison des indépendances, la grande débâcle de la vérité.

Aujourd’hui, il paie cette liberté au prix fort : écroué, privé de passeport, empêché de voyager, assigné à résidence sans jugement, exilé dans son propre pays. Otage d’un pouvoir qui trahit l’héritage des martyrs — les martyrs algériens et français — de la guerre d’Algérie. En pensant à mon oncle Antoine, maire d’Avoise, assassiné avec sa section d’appelés dans une embuscade des Fellaghas à Tablat le 8 août 1956, je ne peux me résoudre à voir leur mémoire salie par les usurpateurs du présent.

Mais ce n’est pas seulement l’Algérie qui se tait. C’est aussi la France, sa France, notre France, qui se tait trop. Qui lit Sansal ? Qui invite son œuvre dans les grands médias ? Qui ose dire, sans trembler, qu’elle est essentielle, universelle, incontournable ? Il est temps de lire ou relire « Le village de l’Allemand », « Rue Darwin », « Harraga », « L’Algérie, c’est beau comme l’Amérique », « Le train d’Erlingen », « Abraham ou la cinquième alliance » — et de comprendre que cet homme-là n’écrit pas pour plaire, mais pour éveiller sanas doute, pour réveiller plus surement.

La Francophonie, ce n’est pas un gadget diplomatique, c’est un peuple de mots. Boualem Sansal est un patriote de la langue française. Il l’a choisie, il l’a aimée, il l’a servie. Il n’est pas un écrivain « issu de la diversité », comme on dit dans les salons. Il est un écrivain, point. Il a sa place aux côtés de Camus, de Malraux, de Chateaubriand. Et aujourd’hui, c’est à nous d’être à la hauteur de sa fidélité.

Ne pas le soutenir, c’est trahir notre langue, notre littérature, notre idéal. Ne pas réclamer sa liberté, c’est accepter que l’on puisse enfermer un écrivain pour ses idées. Ne pas le lire, c’est consentir à sa disparition.

Alors oui : #jelisSansal. Parce qu’il n’écrit pas pour les lâches. Parce qu’il insulte les tyrans. Parce qu’il est, à lui seul, un acte de foi dans la civilisation. Parce qu’un jour viendra où, devant les censeurs, les intimidateurs, les despotes, nous n’aurons plus que nos livres pour prouver que nous avons été libres.

Libérez Boualem Sansal. Lisons-le. Faites-le lire. Faisons entendre sa voix. Elle nous sauvera peut-être de notre propre silence.

« L’espoir n’est pas dans les promesses, il est dans la lucidité. »
— Boualem Sansal [2084. La fin du monde]

[Tribune] «Pour faire libérer Boualem Sansal, il faut le nommer ministre français de la Francophonie !» Le Figaro. – Au fil de l’eau

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