
Simon Olivares nous a quittés, et avec lui s’éteint un visage familier, un pilier discret mais précieux de la vie communale à Sauveterre-de-Guyenne. Aujourd’hui, je ne suis plus maire — j’ai quitté mes fonctions en 2020 — mais certains visages, certains parcours, ne s’effacent pas avec le temps. Simon est de ceux-là.
Lorsque j’ai été élu en 2008, j’ai constaté que la commune ne comptait aucun agent reconnu comme travailleur handicapé. Pourtant, depuis la loi du 11 février 2005, pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, les collectivités publiques de plus de 20 agents ont l’obligation d’employer au moins 6 % de personnes en situation de handicap.
Comme le stipule cette loi : « Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de ce droit, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens. »
C’est une exigence légale, mais c’est avant tout un principe de justice et d’humanité.
Dans le même temps, des besoins concrets apparaissaient dans notre commune. Les parents d’élèves demandaient davantage de surveillance dans la cour de l’école. Le Conseil général souhaitait qu’un adulte accompagne les enfants dans le car scolaire. Plusieurs petits travaux restaient en attente.
C’est alors que j’ai pensé à Simon.
Simon, ancien chauffeur routier, avait perdu l’usage d’un bras dans un accident de logistique. Il n’avait plus de travail. Il avait un jeune fils, Kévin. Je lui ai proposé un poste polyvalent, au contact des enfants. Il ne savait pas s’il en serait capable, mais il accepta, heureux qu’on lui fasse confiance.
Il fallait toutefois l’avis d’un organisme chargé d’évaluer la compatibilité de son handicap avec l’emploi proposé. Leur conclusion fut brutale : « Simon Olivares ne peut pas travailler au contact des enfants. » J’ai désobéis ! J’ai décidé de le recruter quand même.
Les débuts ne furent pas simples. Certains parents, mal à l’aise, me demandaient s’il ne pouvait pas cacher son bras atrophié. Je leur ai répondu non : Simon n’avait rien à cacher. C’était à nous, collectivement, de changer notre regard.
Avec le temps, Simon a gagné en assurance. Il s’est imposé avec calme, douceur et autorité naturelle. Il accomplissait ses missions avec rigueur, présence et humanité. Il venait parfois me dire que le travail était parfois physiquement éprouvant, mais qu’il le ferait jusqu’à sa retraite. Et c’est ce qu’il a fait jusqu’en 2018.
Le jour de son départ fut chargé d’émotion. Des bouquets affluaient. Les enfants pleuraient. Les parents aussi. Simon avait marqué une génération. Il avait démontré, par sa seule présence, que le handicap n’empêche ni la compétence, ni la tendresse, ni le respect.
Aujourd’hui, je tiens à lui rendre hommage.
Simon Olivares était un homme digne, courageux, profondément humain. Il a transformé un emploi public en une mission de vie. Il nous a appris qu’inclure, ce n’est pas faire un geste charitable : c’est réparer une injustice, et faire confiance, là où d’autres ne voient que des limites.
Son histoire rappelle que derrière les chiffres des politiques d’inclusion, il y a des visages, des parcours, des luttes silencieuses comme la sienne.
En tant qu’élus, employeurs publics ou simples citoyens, nous devons garder à l’esprit cette responsabilité : créer une société qui ne laisse personne sur le bord du chemin.
Merci, Simon, pour tout ce que tu as apporté à Sauveterre. Tu resteras dans nos mémoires. Repose en paix.
