La taxe Zucman : un leurre pour éviter d’aborder les vrais sujets

La France a un talent rare : celui de transformer un problème réel en un symbole creux, une réforme en gesticulation, une politique publique en slogan.

La taxe dite Zucman, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale dans une ferveur quasi révolutionnaire, en est l’illustration parfaite.

Annoncée comme l’arme absolue pour « faire payer les riches », elle se présente comme un impôt annuel minimum de 2 % sur les très gros patrimoines, ceux supérieurs à 100 millions d’euros.

Mais derrière le vacarme des tribunes et la ferveur des plateaux télévisés se cache une réalité juridique et économique implacable : cette taxe ne verra jamais le jour sous la forme annoncée. Elle fondra comme neige au soleil, laissant derrière elle quelques cendres idéologiques et beaucoup de dégâts pour l’attractivité de notre pays.

Quand le brouillard remplace la pensée

Ce qui frappe d’abord dans ce débat, c’est la confusion des mots et des idées. On a entendu des élus, des journalistes et même des ministres confondre “résultat”, “benefice”, “valeur ajoutée”, “patrimoine” et “revenue”.

Or, ces notions ne désignent pas la même chose :
– Le résultat est le solde final d’une activité sur une période donnée (recettes moins dépenses).
– Le bénéfice est la partie positive du résultat, ce qui reste après charges et impôts.
– La valeur ajoutée est la richesse créée par l’entreprise dans son activité ; elle sert notamment à payer les salaires. La somme de toutes les valeurs ajoutées d’un pays, c’est son PIB.
– Le patrimoine est l’ensemble de biens concrets — une maison, une exploitation agricole, un immeuble, un bateau, des parts d’entreprise, un vignoble, des terres, des brevets.
– Le revenu est ce qu’une personne physique reçoit effectivement en monnaie, comme des salaires, des dividendes ou des loyers encaissés.

Un revenu est un flux, une rentrée d’argent réelle et mesurable. Un patrimoine est un stock, une valeur qui peut fluctuer sans jamais se traduire en liquidités tant qu’il n’y a pas de vente.

Taxer un revenu peut se justifier. Taxer une valeur supposée, c’est obliger le propriétaire à vendre une partie de ses biens pour payer un impôt sur de l’argent qu’il n’a pas encaissé. C’est l’essence même de la spoliation, une forme d’expropriation.

Parmi les arguments de l’extrême gauche, relayer par les medias, on entend souvent celui-ci : « Il y a des personnes qui ne se versent pas de revenu et qui laissent leur argent dans leur entreprise, et ainsi échappent à l’impôt ! »

Mais s’il n’y a pas de revenu, il n’y a pas d’impôt sur les revenus. C’est logique. Ironie du sort : les mêmes manifestent contre les entreprises qui versent des dividendes… au lieu de laisser l’argent dans l’entreprise pour investir. Contradiction totale.

Une taxe vouée à se fracasser sur la Constitution

La taxe Zucman ne souffre pas seulement d’un problème de logique économique. Elle se heurte à l’État de droit, et plus précisément à notre Constitution.

Le Conseil constitutionnel a posé des principes clairs :
1. Égalité devant les charges publiques : l’impôt doit être proportionné et non arbitraire [1].
2. Non-confiscation de l’impôt : un impôt ne peut être d’un niveau tel qu’il prive le contribuable de sa capacité contributive réelle [2].
3. Lien avec les revenus réels : lorsqu’on taxe le patrimoine, le montant global dû doit être plafonné en fonction des revenus effectivement perçus [3].

Or, la taxe Zucman prévoit 2 % de la valeur du patrimoine, sans tenir compte des revenus du foyer ni prévoir de plafonnement suffisant. Elle est donc construite pour être soit censurée, soit plafonnée. Pour survivre, elle devra être corrigée jusqu’à devenir méconnaissable.

L’histoire se répète : l’ardeur contre la réalité

On se souvient de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) : rendement net pour l’État inférieur à 5 milliards d’euros par an (4,2 milliards € en 2017) [4], mais fuite de dizaines de milliers d’entrepreneurs et d’investisseurs.

La taxe Zucman suit exactement ce chemin. Elle ne rapportera pas les sommes escomptées, et elle aura abîmé durablement la réputation de la France, renvoyant au monde l’image d’un pays imprévisible et instable.

Comme l’a relevé récemment l’économiste Sylvain Catherine, la France compte 22 licornes installées sur son sol, alors que 46 licornes américaines ont été fondées par des entrepreneurs français !

Autrement dit, notre pays forme des talents, mais ces talents choisissent de créer ailleurs.

Il est loin le temps où des fortunes et des artistes venaient s’installer en France pour fuir la fiscalité de leur pays d’origine — on se souvient des Rolling Stones enregistrant “Exile on Main Street” sur la Côte d’Azur dans les années 1970.

Aujourd’hui, la tendance est inversée : ceux qui réussissent quittent la France, et ceux qui auraient pu venir n’y pensent même plus.

La perte d’attractivité se mesure en entreprises qui naissent, croissent et prospèrent ailleurs — et dont la France ne verra jamais ni les emplois ni les recettes fiscales.

La part des prélèvements obligatoires dans le PIB en France est de 45,4 %, l’un des niveaux les plus élevés au monde [5]. En 2023, la France a dépensé environ 31,5 % de son PIB pour la protection sociale. C’est l’un des États qui dépensent le plus en protection sociale parmi les pays de l’OCDE [6].

Beaucoup de bruit pour rien

Dans quelques mois, peut-être quelques années, la taxe Zucman aura disparu des radars. Elle se sera évaporée dans les méandres de la procédure parlementaire ou aura été censurée par le Conseil constitutionnel.

Et tout ce qui restera, ce sont des investisseurs refroidis, des entrepreneurs inquiets, et un pays encore plus enfermé dans la défiance.

La taxe Zucman, n’est qu’un pis-aller, un ludion que l’on jette dans la baignoire médiatique pour occuper les débatteurs … et les éloigner des vrais sujets !

Ce qu’il faudrait faire à la place

Au lieu de vouloir à tout crin augmenter la fiscalité, la France devrait, dans l’urgence, mettre en place un vaste plan de liberation des initiatives , d’une part, et, d’autre part, un plan d’économies :

  • Arrêter de financer à fonds perdus, une production d’énergie “renouvelable” dont elle n’a pas besoin ;
  • Réduire la bureaucratie et la suradministration qui occupe 8 % des effectifs de la fonction publique (450 000 agents) ;
  • Supprimer des agences et des opérateurs redondants ou les réintégrer dans les ministères d’origine ;
  • Fusionner les aides sociales en une allocation sociale unique plafonnée à 90% du SMIC ;
  • Fusionner les régimes de retraite du public et du privé et instaurer la capitalisation pour tous :
  • Supprimer les normes et les textes inutiles pour libérer les entreprises et les collectivités ;

L’objectif de ce processus est de dépenser moins

-1- pour rendre de l’argent aux français qui travaillent et aux entreprises qui créent de la richesse ;

et

-2- pour enfin, disposer d’un excédent budgétaire pour commencer à rembourser notre dette !

Ce n’est malheureusement pas le chemin que l’on prend. En France, les premiers ministres successifs nous proposent des augmentations d’impôts et de taxes. C’est ce qu’ils appellent, sans être contredits, “faire des économies”. Ils nous expliquent, sans être contredits non-plus, qu’ils vont rembourser la dette en se fixant, chaque année, un objectif de deficit!

Il est urgent de retrouver le sens des mots !

Et si le Parlement renâcle… consultons le peuple

Le 13 mai 2025, David Lisnard a proposé quatre référendums [7] :
1. Réduction draconienne de l’immigration.
2. Refonte totale du système social avec une allocation sociale unique.
3. Réforme des retraites avec un étage de capitalisation.
4. Modification de l’article 11 de la Constitution pour élargir le champ du référendum.

En mai 2025, le chef de l’État annonçait vouloir consulter les Français « après l’été » sur « deux ou trois sujets ».

L’été se termine dans quelques jours.

Profitons de l’automne, n’attendons pas l’hiver pour consulter les Français.

Notes de bas de page

  1. [1] Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, 1789, art. 13.
  2. [2] Conseil constitutionnel, décision n° 2012-662 DC du 29 décembre 2012 (Loi de finances pour 2013).
  3. [3] Conseil constitutionnel, décision n° 2012-662 DC, considérant n° 103.
  4. [4] Ministère de l’Économie et des Finances, chiffres 2017, rendement de l’ISF : 4,2 milliards €.
  5. [5] Eurostat, données 2023, part des prélèvements obligatoires dans le PIB : France 45,4 %.
  6. [6] OCDE, Social Expenditure Database (SOCX), données 2024.
  7. [7] Discours de David Lisnard, 13 mai 2025.

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