
Le Premier ministre a présenté hier son plan pluriannuel de redressement des finances publiques, sous un titre aussi martial que trompeur : “Stop à la dette !”. Il aurait fallu dire ralentir la dette, ou plutôt, ralentir l’augmentation de la dette. Car il ne s’agit pas d’un plan de désendettement, ni même de réduction des déficits — mais d’un simple maintien de la trajectoire actuelle, au prix d’efforts minimes, presque anecdotiques à l’échelle du problème posé.
Prenons les chiffres. Le déficit serait de 4,6 % du PIB en 2026, pour redescendre péniblement à 3 % en 2029. À aucun moment la France ne produira de budget excédentaire, condition pourtant indispensable pour rembourser la dette. Dans le meilleur des cas, on stabilise la vitesse du train avant qu’il ne percute le mur. Mais on ne freine pas, et encore moins, on ne change de direction.
Un plan cosmétique à l’échelle du gouffre
Le gouvernement met en avant une “année blanche” sur les revalorisations de prestations sociales et de traitements publics. Mais cette pause ne permettra pas de faire baisser les dépenses : elle réduira au mieux leur augmentation. Les économies annoncées pour 2026 (43,8 milliards d’euros) ne sont pas toutes structurelles, et ne représentent qu’un effort temporaire. Dans la réalité, ces 43,8 milliards comprennent des mesures conjoncturelles, comme l’absence d’indexation sur l’inflation, qui ne seront pas reconduites.
Quant aux suppressions de postes, elles relèvent de l’épaisseur du trait. Trois mille fonctionnaires en moins en 2026, sur un effectif public de plus de 5 millions : cela représente 0,06 % des effectifs. Autant dire une goutte d’eau. Même le “non-remplacement d’un départ à la retraite sur trois” est renvoyé à 2027, sans engagement ferme. On est loin des grandes réformes structurelles que nécessiterait un redressement sérieux.
Une dette qui enfle malgré tout
Il faut regarder la vérité en face : à politique constante, la dette continuera d’augmenter. La Cour des comptes estime que la dette française dépassera 115 % du PIB dès 2027, alors qu’elle était à 97 % en 2017. Cette dérive ne s’explique pas par un choc exogène, mais par une impuissance politique à réformer, à réduire le périmètre de l’action publique, à restaurer la productivité des administrations, à revoir l’architecture des dépenses sociales.
En s’interdisant toute baisse des impôts — pourtant parmi les plus élevés au monde — et en se refusant à toute réforme de structure profonde, le gouvernement fait un pari risqué : celui d’une croissance spontanée qui résorberait le déficit. Or cette croissance, nul ne peut la garantir, surtout dans un contexte de désindustrialisation et d’instabilité fiscale.
Une ambition à la hauteur du défi ?
Le Premier ministre parle d’“équité”, de “justice sociale”, de “contribution de chacun à la hauteur de ses moyens”. Mais il évite soigneusement le sujet de l’efficacité de la dépense publique, et celui de la simplification de l’État. Où sont les vraies réformes de productivité ? Où sont les fusions d’agences, les suppressions de doublons entre collectivités et services de l’État, la rationalisation des politiques sociales ?
La vérité, c’est que la France vit au-dessus de ses moyens depuis vingt ans. Les plans d’ajustement timides ne font qu’accompagner le déclin. Il est temps d’affronter l’heure de vérité avec courage, de poser sur la table la question du périmètre des missions publiques, de récompenser le travail, d’alléger les normes, de libérer les énergies.
Le plan présenté hier est un plan de communication, pas un plan de redressement. L’urgence est pourtant là. Car une dette que l’on ne rembourse pas est une dette que l’on transfère. Ce ne sont pas les agences de notation qui nous jugeront demain, mais nos enfants.
