Redresser notre balance avec les États-Unis : audace, productivité, compétitivité

Alors que l’Europe vient de conclure un accord commercial imposant des droits de douane de 15 % sur les exportations vers les États-Unis[1], et que le Royaume-Uni a obtenu un traitement plus favorable limité à 10 % sur certains produits clés[2], la France doit regarder en face l’état de ses échanges avec son premier partenaire commercial non européen. Les chiffres sont sans appel : notre balance commerciale avec les États-Unis reste largement déficitaire sur les biens, et ce malgré un excédent sur les services.

Il faut toutefois noter que ce nouveau taux de 15 % n’est pas radicalement différent du régime antérieur, où s’appliquaient un droit moyen de 4,8 % (tarif OMC) et une surtaxe de 10 % instaurée en 2025. La stabilisation à 15 % pérennise une situation transitoire, sans l’aggraver de façon spectaculaire.

En revanche, la vigilance s’impose quant au sort réservé aux vins et spiritueux, secteurs où la France est fortement excédentaire. Aucune décision tarifaire définitive n’a encore été annoncée pour ces produits emblématiques. Les prochaines semaines seront déterminantes.

Une balance commerciale structurellement déficitaire

En 2023, les exportations de biens français vers les États-Unis se sont élevées à 44,4 milliards de dollars, tandis que les importations en provenance des États-Unis atteignaient 57,6 milliards, soit un déficit de 13,2 milliards[3]. En 2024, ce déficit s’est encore accru pour atteindre près de 16,2 milliards de dollars[4]. Seuls les services permettent de compenser partiellement ce solde négatif, grâce à un excédent d’environ 16 milliards d’euros en 2023[5].

Les secteurs où la France exporte massivement sont bien connus : l’aéronautique, le luxe, les vins et spiritueux, la cosmétique. En face, elle importe des hydrocarbures, des machines industrielles, des technologies, mais aussi des avions civils. Cette situation rend notre économie vulnérable à toute décision unilatérale venue de Washington.

Des start-up françaises condamnées à l’exil

Mais au-delà des flux commerciaux, un autre phénomène sape notre avenir économique : de plus en plus de start-up françaises choisissent de s’implanter aux États-Unis, non par goût de l’aventure, mais par nécessité. Elles y trouvent des financements plus accessibles, une fiscalité plus stable, un cadre plus souple, un écosystème plus accueillant. Ce que nous semons, d’autres le récoltent.

Ce ne sont pas des cas isolés : près de 30 % des licornes européennes ont déjà relocalisé leur siège aux États-Unis, la majorité venant de France[6]. En France, plus de la moitié des licornes possèdent un bureau outre-Atlantique, gage d’une volonté d’accélérer leur croissance en accédant au marché américain et au capital-risque[7]. Seules 6 % des start-up franchissent les frontières, mais elles représentent 17 % de la valeur du secteur, et 85 % d’entre elles partent aux États-Unis[8].

Pourtant, nous pourrions transformer ces jeunes pousses en licornes, et ces licornes en entreprises d’envergure. Cela suppose de créer en France un environnement propice à la croissance : énergie abordable, fiscalité prévisible, droit du travail lisible, politiques publiques cohérentes, accès au capital. Hélas, c’est le chemin inverse que prend aujourd’hui le gouvernement : instabilité réglementaire, charges accrues, complexité administrative, signaux contradictoires sur la politique énergétique, etc.

La seule réponse efficace au protectionnisme

Face au retour assumé du protectionnisme américain sous Donald Trump, la meilleure réponse n’est ni la gesticulation diplomatique, ni la contre-sanction, mais une politique économique nationale cohérente. L’État doit consentir les efforts de productivité qu’il exige du secteur privé, afin de réduire sa ponction sur les entreprises, et leur permettre de retrouver des marges pour investir, innover, exporter.

Moins de prélèvements, moins d’instabilité fiscale, moins de normes inutiles : c’est le triptyque de la compétitivité. C’est aussi la condition nécessaire pour que nos entreprises puissent réussir sur les marchés extérieurs. En résumé, la meilleure réponse à Donald Trump, c’est de faire grandir notre économie chez nous, par la liberté d’entreprendre, la simplification, la responsabilité.


Notes et références :

[1] Financial Times, « US and EU agree on 15% tariff deal », 27 juillet 2025. [2] House of Commons Library, « UK-US trade agreement: Economic Prosperity Deal », mai 2025. [3] US Census Bureau, Foreign Trade: France (2023), www.census.gov. [4] US Census Bureau, Foreign Trade: France (2024, estimations jusqu’en juillet). [5] Trésor-Info, « Relations économiques bilatérales France-États-Unis », avril 2024, www.tresor.economie.gouv.fr. [6] Fondation iFRAP, « Licornes : la France en compte deux fois moins que le Royaume-Uni », février 2024. [7] Mergermarket, « French tech firms continue to target expansion to US », juillet 2025. [8] ScienceDirect, « Cross-border start-ups and their impact », avril 2024.

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