
Depuis des décennies, la France s’est illustrée par un choix énergétique à la fois stratégique, industriel et environnemental : celui de la souveraineté. En bâtissant un parc nucléaire puissant et une hydroélectricité bien répartie sur le territoire, notre pays a pu garantir à ses citoyens une électricité abondante, stable, décarbonée et parmi les moins chères d’Europe.
Or, ce modèle vertueux est aujourd’hui mis à mal par une fuite en avant idéologique que traduit le projet de Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3). En imposant massivement des installations éoliennes – terrestres comme maritimes – et des centrales photovoltaïques au sol, le gouvernement tourne le dos à l’histoire énergétique de notre pays. Pire : il fragilise l’équilibre du réseau, alourdit la facture des ménages et détruit des territoires.
Les chiffres sont accablants. Le PPE3 prévoit en dix ans le doublement de la capacité éolienne terrestre, la multiplication par 37 de l’éolien en mer et par 5 du photovoltaïque. Ces technologies, aléatoires par nature, ne produisent que lorsque les conditions climatiques le permettent, indépendamment des besoins réels. Résultat : une surproduction désordonnée en journée en été, une absence d’électricité quand la demande est forte – notamment en hiver –, et une obligation de maintenir en réserve des centrales thermiques fonctionnant au gaz.
Cette politique entraîne une hausse vertigineuse des coûts. Les subventions et garanties de prix accordées aux producteurs intermittents, les lourds investissements dans le réseau électrique, les pertes liées aux prix de marché négatifs — tout cela représente plusieurs centaines de milliards d’euros d’ici 2035. Et pourtant, notre mix électrique est déjà décarboné à plus de 90 %. Pourquoi réinventer ce qui fonctionne ?
Il faut aussi souligner une autre dépendance : celle aux matériaux et équipements importés. L’éolien et le solaire mobilisent des composants en grande partie produits hors d’Europe, y compris en Chine. La France se prive ainsi de maîtrise technologique et industrielle, tout en affaiblissant sa balance commerciale. En parallèle, les paysages sont défigurés, les terres agricoles artificialisées, les riverains exposés à des nuisances reconnues, et le patrimoine naturel comme culturel gravement atteint.
Face à ces constats, il est temps de réaffirmer la valeur et l’actualité du nucléaire français. Il est l’une des plus grandes réussites industrielles du pays. Ses réacteurs produisent une électricité pilotable, stable, à faible émission de CO2, sur une durée pouvant atteindre un siècle. La relance de la filière, à travers les projets EPR2, doit être accompagnée d’une ambition nouvelle : redonner vie au projet ASTRID stoppé en 2019, réacteur de 4ᵉ génération capable de fermer le cycle du combustible, de recycler les déchets existants, et de démultiplier notre capacité de production pour des siècles.
Aux côtés du nucléaire, l’hydroélectricité demeure un pilier discret mais essentiel. Avec ses 25 000 MW de puissance installée, elle assure 12 % de notre production nationale. Elle est à la fois renouvelable, stockable et immédiatement mobilisable pour équilibrer le réseau. Sa modernisation, notamment par les stations de transfert d’énergie par pompage, est une priorité pour garantir notre résilience énergétique.
Enfin, la décarbonation de l’économie ne saurait reposer uniquement sur l’électricité. Il faut investir dans les énergies renouvelables pilotables : géothermie, biomasse, biogaz, chaleur renouvelable, solaire thermique sur toiture. Ce sont des solutions locales, réalistes, durables, qui participent à la transition sans imposer de déséquilibres techniques ou financiers.
A l’heure où la France cherche à faire des économies dans ses budgets et que se profilent d’autres prioriétés, notamment, pour notre défense nationale, nous demandons donc, avec détermination mais dans un esprit de responsabilité, la suspension du décret PPE3, l’arrêt immédiat des subventions aux nouvelles installations intermittentes, et l’ouverture d’un débat démocratique fondé sur des évaluations indépendantes, loin des pressions idéologiques et industrielles.
La France mérite une politique énergétique à la hauteur de son histoire. Non pas fondée sur le court-termisme ou l’illusion, mais sur la science, la raison et l’intérêt général. Une politique qui protège les citoyens, soutient l’industrie, respecte les paysages, et prépare l’avenir.
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