« Segmentation » : arrêtons les débats !

Il fait agir, vite!

Alors que le Premier Ministre annonce, semaine après semaine, des aides substantielles pour les secteurs en crise : 400 M€ pour les équipementiers automobile, 150 M€ pour les équipementiers de l’aérospatiale… A la viticulture en crise on promet surtout : plus de contraintes, plus de contrôle, plus d’interdit… Tout en lui demandant de s’adapter au « sacro-saint goût du nouveau consommateur »… Et pour le marché Français, le Directeur Général de la Santé affiche l’objectif du gouvernement: l’abstinence !

Ainsi donc, l’aide que le gouvernement français entend apporter à sa viticulture, dans une forme de continuité républicaine depuis 1935, c’est de la réglementation ! Depuis quelques années (étude CAP 2010) un débat « à la française » est en train d’occuper le plus clair du temps de nos hauts fonctionnaires, des comités, des instituts, des chambres, des syndicats, des interprofessions, des associations professionnelles, bref de tout le microcosme qui vit sur le dos de la filière viticole : « LA SEGMENTATION DE L’OFFRE »

Dans ce débat, comme d’habitude, on écoute peu la base des viticulteurs et des négociants, on écoute ceux qui ont été nommé pour la représentés… et comme au moment de les nommer, on avait pris le soin de les choisir « opposés » entre eux, pour mieux les gouverner, et bien de leur avis n’émerge aucun consensus…

Dans ce débat, comme d’habitude, on parle « au nom du consommateur », de « son goût », de son prétendu « besoin de segmentation »… Les principes de base sont les suivants :

  • le vin du voisin n’est pas bon, et si le voisin disparaissait du marché, cela permettrait de vendre mieux son propre vin.
  • Les succès commerciaux des uns et des autres son notés. Tout est mis en œuvre pour que ces succès se transforment en échec, pour empêcher les entrepreneurs de prospérer, pour les empêcher de s’adapter ;
  • Tout ce qui fait aujourd’hui le succès des « vins du nouveau monde » est consigné dans un cahier, ce même cahier sert à établir la liste des interdictions à imposer aux vins de France!
  • Pour simplifier l’offre française (450 AOC, 150 VDP, IGP, AOVDQS, VDT, …) dans laquelle les consommateurs sont perdus, on propose la création de nouvelles catégories !

Dans ce débat, personne ne comprend plus rien. Mais tout le monde se dit que si l’énergie déployée pour arriver à une segmentation était investit dans la commercialisation, elle serait plus utile !

Pour en finir avec ce débat, il faut statuer ! Voici ma proposition :

Vins de France : Principes généraux communs à tous les vins produits en France :

  • La mention du nom de cépage est autorisée pour tous les vins. Car je ne vois pas au non de quel principe on pourrait interdire à quiconque d’écrire « Merlot » sur sa bouteille, ou « Merlot-Cabernet Sauvignon », si c’est ce qu’elle contient. Cette possibilité doit engager l’opérateur dans la traçabilité des lots afin de lui permettre de prouver ce qui est écrit sur l’étiquette.
  • Il en va de même du millésime. Je ne vois pas pourquoi un vin de table, produit en 2002, ne pourrait pas inscrire 2002 sur son étiquette !
  • La mention de la Région (ou du bassin) de production est autorisée sur l’étiquette si le vin provient de cette région… Les vins produits en France peuvent porter la mention « vins de France ».
  • Le sucre résiduel est autorisé pour les vins qui le souhaitent. Si un viticulteur souhaite stopper la fermentation avant que tout le sucre contenu dans le vin ne soit transformé en alcool, pourquoi le lui interdire : trois exemples me viennent à l’esprit : les vins liquoreux (Sauternes, Monbazillac, Coteaux de Layon, Jasnières, vendanges tardives d’Alsace, …), les Rosé d’Anjou et de Bergerac (AOC), Les vins Rouges de Géorgie, … Tous ces vins sont des vins « sucrés » qui plaisent à leur consommateurs !
  • L’usage des copeaux d’origine contrôlée est autorisé.

… etc

Vins d’Appellation d’Origine Contrôlée (retour sur les fondamentaux) :

Les producteurs d’une région considérée peuvent se fixer, ensemble, des règles de production plus restrictives, que celles admises pour les vins de France. Ces « recommandations » doivent se limiter à des thèmes ayant un impact prouvé sur la qualité et le goût des vins. On veillera à recommander un usage plutôt qu’à interdire. En voulant bâtir une segmentation sur des interdictions plutôt que sur des usages, l’INAO perd son âme…

L’état transforme alors ces exigences en décret. Ce décret a « force de loi » et les services de l’état, en partenariat avec l’association des viticulteurs considérée, doivent faire appliquer ce règlement.

L’état n’intervient pas dans le choix des exigences que se fixent les producteurs. Mais il veille à ce que les exigences de « conditions de production » ne s’apparente pas à de la discrimination. En cas d’arbitrage, seul la dégustation du produit final fait foi. Si deux AOC de la même région n’ont pas de différences caractérisées, l’état peut encourager, voire imposer, un regroupement des AOC dans le souci de la simplification de l’offre.

Classement :

Dans une AOC considérée, l’état met en œuvre un processus de classement des vins qui souhaitent accéder à l’excellence. Les vins ainsi classés accèdent au label de « Site et Terroirs d’exception » (proposition Renou). Le classement peut procéder de plusieurs niveaux : « grand cru », « cru classé », etc…

Monuments :

Certains vins Français sont classés comme faisant parti du Patrimoine Œnologique, Gastromique et Historique National. Ces vins ne rentrent dans aucune qualification. Ils ont une démarche qui leur est propre.

1 commentaire pour “« Segmentation » : arrêtons les débats !”

  1. Salut Yves. Vraiment très intéressante ta réflexion sur l’identification des vins français. Ca m’intéresserait bigrement d’en discuter avec toi. Est ce que tu y vois également une dimension européenne ? Nous sommes exactement sur le même type de réflexion par rapport aux autres produits alimentaires de qualité avec la profonde et assez absurde réforme de la loi d’orientation agricole et l’ordonnance du 8 décembre 2006. Nous attendons la parution du décret d’application qui va donner tous les pouvoirs au nouvel INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité… INOQ sic!)C’est un énorme bazar dans lequel les entreprises ne se retrouvent plus du tout et je pense que l’avenir des signes officiels de qualité français est compté. Certaines marques sont en train de prendre le leadership, avec pour toute politique de qualité d’énormes budgets de communication et c’est tout (Saveur de l’année, produit de l’année, etc…. Tant mieux pour elles et les types inteligents qui les ont lancées et savent, eux, les développer. Tant pis pour plusieurs dizaines d’années de politique de qualité alimentaire de la France ! Adieu label rouge, AOC, IGP etc…
    Nous sommes en train de prolonger cette réflexion pour :
    – tenter de rendre le nouveau dispositif compréhensible aux entreprises et leur permettre de jauger de sa pertinence par rapport à leurs stratégies marketing et commerciales
    – imaginer des alternatives crédibles

    Je sais que le monde du vin est très spécifique, en terme de comportement de consommation, en terme de réalité (complexité…) de la filière, mais je suis persuadé que les passerelles entre des univers finalement pas si éloignés peuvent tojours faire avancer les choses.

    Pour info, nous organisons, à Lyon, une journée d’info pour les entreprises agro-alimentaires et les acteurs des filières sur le nouveau dispositif 2007 des signes de qalité. Les infos seront disponibles dès la semaine prochaine sur le site de l’Isara.

    A une prochaine fois, ou à très bientôt

    Olivier Beucherie

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