Une r-évolution est en marche…

Le 29 mai aura lieu le Comité National de l’INAO. A cette occasion devrait être validé le nouveau Cahier des Charges des AOC « Bordeaux et Bordeaux Supérieur ». Si il est validé le 29 mai, c’est un dossier ouvert en 1997 qui trouvera là une issue favorable. En acceptant ce Cahier des Charges l’INAO devrait reconnaîte la qualité des Vignes Hautes et Larges (i.e. à Bordeaux : 3 mètres entre les rangs, 1 mètres entre les pieds, 1m50 de feuillage). La commission permanente de l’INAO a donné un avis favorable à ce Cahier des Charges.

Voici les avantages des vignes « hautes et larges » que je décrivais en août 2003, dans un article paru dans l’Union Girondine. C’était quelques mois avant que la crise ne nous frappe de plein fouet, et quelques années avant le Grenelle de l’Environnement… L’histoire récente nous a donné raison.

1 – Augmenter les chances de récolter au « top de maturité »
Rien ne sert d’avoir du beau raisin si on est pas capable de le récolter à l’heure : quand il est bien mûr ! Les vignes à 3 mètres permettent de vendanger très rapidement (1 heure 15 minute par hectare) et ainsi de vendanger au top de maturité… Ce dernier avantage est énorme. En 2002, par exemple, ceux qui ont pu vendanger les Cabernet Sauvignon après la pluie ont aujourd’hui des produits très qualitatifs. On est beaucoup plus serein quand on a besoin d’1 heure 15 pour vendanger 1 hectare… On peut attendre le dernier moment et prendre des risques qui sont impossibles à prendre ailleurs. Il est en effet très important d’avoir des raisins sains et mûrs… Il convient de pouvoir les récolter ainsi pour profiter de leur plein potentiel ! Récolter des raisins mûrs ne coûte pas plus cher et la différence sur la qualité des vins est énorme. Les vignes larges et hautes permettent de récolter plus vite, elles augmentent donc les possibilités de récolter mûr.

2 – Permettre un effeuillage très partiel
L’effeuillage sur les vignes hautes et larges (1m40 à 1m50 de feuillage) fait disparaître environ 20% des surfaces foliaires (30 cm), laissant au cep 80% des surfaces foliaires utiles. Sur une vigne classique il peut faire disparaître jusqu’à 50% des feuilles.

3 – Préserver l’avenir économique de nos AOC
Un certain nombre des tenants des AOC, tiennent un discours dangereux selon lequel : « les AOC n’ont que faire de la réussite économique de tel ou tel… « , »la seule chose importante , c’est la qualité, pas les coûts de production !  » Méfions nous de ce type d’arguments. Les AOC n’existeraient pas si les vignerons qui les produisent n’avaient pas des entreprises florissantes ! Sans économie pas d’AOC et vice-versa. Une AOC n’existe que parce qu’elle crée de la valeur : elle répond à un besoin d’un consommateur qui, en échange, est près à payer un certain prix.

Il nous faut donc satisfaire le consommateur et garantir nos marges. Pour ce faire, d’une part développer la valeur de notre AOC et d’autre part, en optimiser les coût de production.
Loin de moi l’idée que l’économie guide nos conditions de productions : l’objectif , au contraire, est de produire la meilleure qualité au moindre coût ! Plutôt que de produire la qualité à n’importe quel prix… Certaines mesures qui ne coûtent pas plus cher permettent d’obtenir plus de qualité dans le verre, telle que, par exemple, la récolte à maturité. D’autres mesures sont très coûteuses et n’apportent rien : méfions nous de ces recettes là !

Nous le savons tous et la dernière étude de l’URABLT sur le sujet le démontre : Nos coûts à la vigne sont de deux types : le coût des travaux manuels qui sont proportionnels au nombre de ceps, le coût des travaux mécaniques qui sont proportionnels à la distance parcourue/ha…

N’oublions jamais que le prix de vente d’un produit, ne dépend pas des dépenses faites pour l’obtenir…Ça c’était la théorie de Karl Marx et d’Adam Smith ! Le prix d’un produit dépend du plaisir qu’il procure à celui qui le consomme , de la valeur qu’il lui accorde, et de la notoriété qui en découle…

A qualité de vendange égale, les vignes larges et hautes peuvent être un moyen de maîtriser les dépenses…

4 – Diminuer l’utilisation des désherbants et des pesticides
Les quantités de désherbants sont proportionnels aux surfaces désherbées, avoir un nombre de pieds raisonnable, et pratiquer l’enherbement, c’est diviser par 8 la quantité de désherbant et ainsi participer à la protection de l’environnement… Le palissage très aéré limite considérablement la pression des maladies cryptogamiques, les Vignes Hautes et Larges permettent une baisse de 20 à 40% des pesticides (selon le stade végétatif).

5 – Diminuer le ratio « litre de gasoil utilisé/hectolitre de vin produit » et ainsi participer à la diminution des émissions de gaz dits « à effet de serre ». En effet, un écartement entre rangs de 3 mètres permet de diminuer le nombre de kilomètres parcourus/hectare. Prenons l’exemple d’une parcelle carrée de 1 ha. Il faut 3,3 kilomètres pour travailler un hectare de vigne planté à 3 mètres entre les rangs, 5 kilomètres pour parcourir une parcelle plantée à 2 mètres…Soit avec des tracteurs identiques presque le double de trajet, donc de carburant !

6 – Participer à la protection des paysages
Dans certaines région de la Gironde, l’Entre Deux Mers, par exemple, la plupart des vignes sont des vignes « hautes et larges », maintenir ce type de culture est essentiel pour protéger nos paysages. Paysages très appréciés des cinéastes : les « Filles du Maître de Chai », la « Bicyclette bleue »… n’ont-ils pas été tournés sur fonds de vignes haute et larges ?

Si le 29 mai, le comité National de l’INAO accepte le Cahier des Charges des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur, nous pourrons célébrer cette décision et célébrer les « ré-inventeurs » des Vignes Hautes et Larges et parmi eux : l’Autrichien Lenz Moser (Rohrendorf, par Kremps sur Danube), le Docteur Guyot, les frères Perromat -Jean et Pierre- , les Mazeau, et toute l’équipe du CETA de Cadillac des années 60…

« Sur les rochers, sur les arbres, contre les murs, courant sur la terre, rampant sous terre, sauvage ou disciplinée, libre ou torturée, la vigne vit partout et résiste à tout pourvu qu’elle ait la part du sol, de nourriture, d’air et de soleil qui lui est strictement nécessaire » Docteur J. Guyot.

Accéder à la totalité de l’article paru en août 2003

3 commentaires sur “Une r-évolution est en marche…”

  1. Bonjour cousin,
    De la production du vin, et à l’instard de la majorite de nos compatriotes, je ne connais que la phase finale : de mon verre à mon gosier. Du coup,à lire ton papier j’ai l’impression de comprendre qu’il faut des autorisations pour produire ou commercialiser avec "des vignes hautes et larges". Quid ?

  2. Yves d'Amécourt

    C’est exactement ça Eric. Chaque appellation d’origine contrôlée française a un cahier des charges à respecter pour obtenir l’AOC. Ce cahier des charges impose des "conditions de production". Notre débat depuis 1997 porte sur le thème des "densités de plantations" dans la chapître des "conditions de production" de nos appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Ce débat devrait trouver un fin heureuse le 29 mai prochain.</p>

    Quel temps fait-il en Bretagne ?

  3. Merci à ton travail pour les vignes larges et hautes, Malgrés toutes tes occupations tu as réussi à faire plier l’INAO

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