
Le 24 septembre dernier, à l’occasion de l’assemblée générale de Nouvelle Énergie, David Lisnard m’a fait l’honneur -et la surprise- de proposer ma candidature comme vice-président de notre mouvement.
J’intègre ainsi le bureau de Nouvelle Énergie, après cinq années d’un engagement commencé en 2021, d’abord comme coordinateur du programme consacré à l’agriculture, à la forêt, à la ruralité et à la pêche, puis comme porte-voix de notre mouvement.
J’en suis heureux. J’en mesure aussi la responsabilité. Car on ne s’engage pas en politique pour ajouter une ligne à une carte de visite. On s’engage parce que l’on croit encore que les idées peuvent changer les choses. Parce que l’on refuse de considérer le déclin comme une fatalité. Parce que l’on pense que la France n’est pas condamnée à choisir entre la nostalgie de ce qu’elle fut et la résignation à ce qu’elle devient.
Je m’engage avec David Lisnard, car je crois profondément que notre pays peut retrouver le chemin de la liberté, de la responsabilité et de l’espérance.
La liberté comme point de départ
J’ai exercé plusieurs métiers. J’ai été ingénieur, consultant, chef d’entreprise, autoentrepreneur, vigneron. J’ai été secrétaire général d’un syndicat, conseiller général, maire d’une commune rurale, président d’une communauté de communes, conseiller régional. De toutes ces expériences, j’ai tiré une conviction : la France ne manque ni de talents, ni d’énergie, ni d’idées. Elle manque de liberté.
Partout, j’ai rencontré des femmes et des hommes qui veulent entreprendre, cultiver, construire, transmettre, embaucher, enseigner, soigner, créer. Et partout, je les ai vus confrontés à une accumulation de normes, de formulaires, de procédures, d’autorisations, de contrôles.
À force de vouloir prévenir tous les risques, nous avons fini par empêcher bien des initiatives. À force de vouloir protéger chacun contre tout, nous avons peu à peu retiré à chacun une part de sa responsabilité. Or la liberté et la responsabilité sont les deux faces d’une même pièce. On ne peut durablement avoir l’une sans l’autre.
Être libre, ce n’est pas faire n’importe quoi. C’est pouvoir choisir, agir, réussir parfois, se tromper aussi, recommencer, et répondre de ses actes. C’est une certaine idée de l’homme.
Faire confiance à ceux qui font
Cette conviction, je l’ai acquise très concrètement. Quand on est maire, on découvre vite qu’un problème compliqué vu de Paris devient parfois assez simple lorsqu’on le regarde depuis le terrain. Quand on est agriculteur, on sait qu’une règle écrite dans un bureau peut devenir absurde lorsqu’elle rencontre un sol, une pente, une rivière, une sécheresse ou simplement la météo. Quand on dirige une entreprise, on sait qu’aucun tableau Excel ne remplacera jamais l’intuition, l’expérience et la responsabilité de celui qui prend le risque.
La France souffre d’avoir progressivement inversé l’ordre des choses. Nous demandons trop souvent à ceux qui savent de se conformer aux décisions de ceux qui savent pour eux. Je crois exactement l’inverse.
Il faut redonner du pouvoir à ceux qui font. Aux maires plutôt qu’aux administrations lointaines. Aux professeurs plutôt qu’aux circulaires. Aux médecins plutôt qu’aux bureaucraties sanitaires. Aux entrepreneurs plutôt qu’aux formulaires. Aux agriculteurs plutôt qu’aux normes écrites par ceux qui n’ont jamais semé un hectare. Aux familles plutôt qu’aux systèmes qui prétendent décider à leur place.
L’État est indispensable. Mais il est grand lorsqu’il accomplit bien ce que lui seul peut accomplir : protéger, rendre la justice, assurer la sécurité, défendre le pays, garantir les libertés, préparer l’avenir. Il s’affaiblit lorsqu’il veut s’occuper de tout.
Je crois à la France des villages, des champs et des ateliers
Si j’ai consacré tant de temps, depuis 2021, à l’agriculture, à la forêt, à la pêche et à la ruralité, ce n’est pas par goût du folklore.
La ruralité n’est pas le musée de la France d’hier. Elle est l’un des laboratoires de la France de demain. Dans nos campagnes se trouvent une partie des réponses aux grandes questions de notre temps : l’alimentation, l’eau, l’énergie, le carbone, la biodiversité, la forêt, les matériaux, l’aménagement du territoire, la souveraineté. Le paysan travaille avec le temps long. Le forestier plante parfois un arbre qu’il ne verra jamais adulte. Le pêcheur sait qu’on ne prélève durablement que ce que la nature peut renouveler. Le vigneron sait qu’on ne commande ni au ciel, ni au sol, ni au vivant. Tous savent qu’il faut transmettre.
Cette culture du temps long manque cruellement à notre époque. Nous avons trop souvent remplacé le jardinier par le technocrate : celui qui observe, expérimente et s’adapte par celui qui réglemente ; celui qui connaît son territoire par celui qui possède le tableau de données ; celui qui accompagne le vivant par celui qui voudrait le mettre aux normes. Je préfère le jardinier.
Être enraciné pour regarder loin
Je ne crois pas davantage qu’il faille choisir entre l’enracinement et la modernité. C’est même exactement le contraire. Un arbre sans racines tombe au premier vent. Mais les racines ne sont pas faites pour retenir l’arbre sous terre. Elles lui permettent de monter vers le ciel.
Il en va ainsi d’un pays. Nous pouvons aimer notre histoire sans vouloir y retourner. Nous pouvons transmettre notre langue, nos paysages, notre patrimoine, nos villages, nos cathédrales, nos vignobles, notre gastronomie, nos savoir-faire, sans transformer la France en musée. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons reçu précisément parce que nous voulons en faire quelque chose. Hériter n’est pas conserver. Hériter, c’est transmettre augmenté. Voilà aussi pourquoi je crois à la science, à l’innovation, à l’industrie, au nucléaire, à la génétique, au numérique, à l’intelligence artificielle. Le progrès ne me fait pas peur. Ce qui m’inquiète davantage serait une société qui aurait tellement peur de l’avenir qu’elle renoncerait à l’inventer.
La politique devrait rendre l’espérance possible
Il y a enfin une raison plus profonde à mon engagement. Notre pays est gagné par une étrange fatigue. Nous parlons beaucoup de ce qui va disparaître, de ce qui va manquer, de ce qui va coûter davantage, de ce qui sera interdit demain. Nous administrons la pénurie avant même qu’elle existe. Nous expliquons à nos enfants les catastrophes qui les attendent avec beaucoup plus d’application que nous ne leur racontons les merveilles qu’ils pourront inventer. Je refuse cette politique de la peur.
Je crois à une écologie qui donne envie de vivre, à une économie qui donne envie d’entreprendre, à une école qui donne envie d’apprendre, à une politique familiale qui donne envie de transmettre, à une société qui donne envie d’avoir des enfants et à un pays qui donne envie d’y construire son avenir.
La politique ne devrait pas promettre le bonheur. Ce n’est pas son rôle. Mais elle devrait au moins cesser d’organiser le découragement. Elle devrait dégager le chemin. Rendre la liberté possible. Récompenser l’effort. Protéger les plus fragiles. Faire respecter les règles communes. Transmettre une culture. Préparer l’avenir. Et laisser ensuite les femmes et les hommes écrire leur propre histoire.
Une nouvelle responsabilité
C’est pour cela que je me suis engagé aux côtés de David Lisnard en 2021. Non parce que nous serions d’accord sur tout — ce serait d’ailleurs inquiétant — mais parce que je retrouve dans cette aventure politique une conviction qui m’est chère : la France possède en elle-même les forces de son redressement, à condition de leur rendre la liberté de s’exprimer.
Je remercie David Lisnard pour sa confiance. Je pense aussi à tous ceux avec lesquels nous travaillons depuis cinq ans : élus, agriculteurs, forestiers, pêcheurs, entrepreneurs, scientifiques, responsables associatifs, membres de Nouvelle Énergie, qui donnent de leur temps, confrontent leurs expériences et enrichissent nos propositions.
Cette vice-présidence n’est pas un aboutissement. C’est une responsabilité supplémentaire.
Je continuerai à défendre ce que je connais, ce que j’aime et ce que je pratique : nos campagnes, notre agriculture, nos forêts, nos territoires, ceux qui entreprennent, ceux qui travaillent et ceux qui transmettent. Mais derrière ces sujets particuliers se trouve une conviction beaucoup plus vaste.
Je crois en une France libre parce que responsable, moderne parce qu’enracinée, ambitieuse parce qu’elle sait ce qu’elle a reçu.
Une France qui, plutôt que d’apprendre à nos enfants à apprendre à avoir peur de demain, leur donne à nouveau l’envie de le construire.
C’est cette France-là qui mérite notre engagement. Et c’est pour elle que je poursuis le mien.
