Présidentielle 2027 : liberté, égalité, autorité… ces mots dont on ne partage plus le sens [Valeurs Actuelles]

Pour remettre d’aplomb un pays qui marche sur la tête, il y a préalable : se mettre d’accord sur la signification véritable des mots. Un retour aux racines lexicales, donc au réel, sans lequel rien ne sera possible.

Publié le 27 septembre 2026 dans Valeurs Actuelles

À mesure que s’approche l’élection présidentielle de 2027, les Français vont être invités à débattre. De liberté, d’égalité, de justice, d’autorité, de travail, d’écologie, de progrès, de souveraineté, de solidarité. Mais aussi de dette, de déficit, de dépense publique.

Mais sommes-nous encore certains de parler la même langue ?

Avant de confronter les idées, encore faudrait-il s’accorder sur les mots. Comment débattre si chacun donne aux mêmes mots un sens différent ? Comment choisir un projet lorsque le vocabulaire lui-même est devenu un champ de bataille ?

Les mots ne sont pas les accessoires de la pensée. Ils en sont les outils. Quand les outils sont faussés, la pensée finit par l’être aussi.

Prenons le mot « radical ». Il inquiète désormais. Il évoque l’extrémisme, parfois la violence. Pourtant, radical vient de radix : la racine. Être radical, au sens premier, c’est revenir à la racine des choses. Et parmi nos racines, il y a précisément le sens des mots.

La liberté n’est pas le désordre. Être libre, c’est choisir ; être responsable, c’est assumer son choix. L’égalité n’est pas l’identité. Être égaux en dignité et devant la loi ne signifie pas devenir semblables. À force de confondre égalité et uniformité, toute différence finit par devenir suspecte. L’autorité n’est pas l’autoritarisme. L’autorité protège, arbitre, décide et assume. Un État qui fait autorité n’a pas besoin d’être autoritaire. Progresser signifie avancer. Mais avancer vers quoi ? On peut courir très vite dans la mauvaise direction. Toute innovation n’est pas nécessairement un progrès.

Et puis il y a les mots les plus prosaïques : dette, déficit. Réduire le déficit, ce n’est pas réduire la dette. Pourtant, combien de fois entend-on annoncer que l’on va « réduire la dette » en se donnant un « objectif de déficit » ? Les mots donnent alors l’illusion du redressement pendant que les chiffres racontent autre chose. Même « faire des économies » a changé de sens. Dans la vie courante, économiser signifie dépenser moins et mettre de côté. Dans le langage public, cela peut signifier dépenser davantage, mais moins que ce qui avait été envisagé ! Même le verbe rembourser a perdu de sa clarté.

Et voici maintenant la vérité que certains voudraient certifier, labelliser. La vérité ne se décrète pas. Elle ne se tamponne pas. Elle se recherche, se démontre, se confronte aux faits. Un consensus est relatif. Il n’est pas immuable. La recherche de la vérité exige des mots précis. Mais comment dire le vrai si les mots eux-mêmes n’ont plus de sens commun ?

Notre époque parle énormément mais définit de moins en moins. Transition, inclusion, justice, durabilité, modèle social, vivre-ensemble : nous empilons les mots-valises. Chacun les remplit de ce qu’il veut, puis s’étonne que personne ne se comprenne.

Une démocratie ne peut vivre durablement dans ce brouillard du langage. Nous croyons nous opposer sur les réponses alors que, souvent, nous ne nous sommes même pas entendus sur la question.

La campagne présidentielle qui vient devrait donc commencer par un exercice presque scolaire et pourtant profondément politique : ouvrir le dictionnaire. Qu’appelons-nous liberté ? Justice ? Égalité ? Autorité ? Solidarité ? Souveraineté ? Écologie ? Nation ? Travail ? Progrès ? Dette ? Déficit ? Vérité ? Ce serait déjà une révolution.

Être radical en 2027 pourrait alors vouloir dire quelque chose de très simple : revenir aux racines pour retrouver le sens du réel. Et commencer par la première d’entre elles : appeler les choses par leur nom.

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