Développement Durable

L’écologie des liens · Réconcilier le citoyen, la nature et le territoire [Institut Thomas More]

Marc Le Chevallier, chercheur à la London School of Economics (LSE) et à University College London (UCL)

Un fossé entre l’action citoyenne et le mouvement écologique

Les épisodes de canicule et les terribles incendies de cet été ont brutalement rappelé à tous l’urgence écologique. Mais ils ont aussi révélé une autre réalité, porteuse d’espoir. Les agriculteurs, les pompiers et les habitants nous ont montré que face à la crise, les premiers à répondre présents furent les Français eux-mêmes. Ce sursaut contraste pourtant avec leur défiance à l’égard du mouvement écologiste. Près de neuf d’entre eux sur dix jugent le mouvement écologiste déconnecté des réalités du terrain. Ce rapport part donc d’un paradoxe : les Français sont aujourd’hui prêts à s’engager pour l’écologie … Lire la suite

Vingt ans de blog, et quelques milliers d’articles plus tard : mon premier livre !

En décembre prochain, ce blog aura vingt ans. Vingt ans !

À l’échelle d’Internet, c’est presque de la préhistoire. Facebook commençait à peine à sortir des universités américaines, Twitter venait de naître, l’iPhone n’existait pas encore et personne ne parlait d’intelligence artificielle générative. Et moi, je commençais à écrire ici.

Depuis, les articles se sont accumulés. Plusieurs milliers. Combien exactement ? Je suis justement en train d’essayer de le savoir ! Peut-être 8 ou 10 000 !

Il y eut des billets très courts et de longues tribunes, des coups de colère et des coups de cœur, des discours et des hommages, des souvenirs et des propositions politiques, des histoires de vigne et de vin, des réflexions sur l’agriculture, l’écologie, … Lire la suite

« La France a de l’eau. Laissons les Français inventer ! » [La Nouvelle Revue Politique]

Publié le 8 septembre 2026 par La Nouvelle Revue Politique

Il est des évidences que notre époque, à force de réglementer les choses simples, finit par oublier. La première d’entre elles tient en quelques mots : sans eau, il n’y a pas de vivant. Pas d’arbre, pas de forêt, pas de prairie, pas de vigne, pas de blé. Pas d’élevage. Pas de biodiversité. Pas d’alimentation. Une plante privée d’eau ne devient pas « sobre » : elle dépérit. Un arbre soumis trop longtemps au stress hydrique ne remplit pas un formulaire de dérogation : il sèche. Et pourtant, chaque fois que revient la sécheresse, nous rejouons la même pièce. L’eau manque ? On réunit une commission. On établit une carte. … Lire la suite

Les flammes ne lisent pas le Code de l’environnement ; elles se nourrissent de nos renoncements.

Publié dans LA REVUE PARLEMENTAIRE / Enjeux et débats.

Par Yves d’Amécourt, viticulteur et sylviculteur, ancien élu local de Gironde*

“Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires”. La formule de Montesquieu résonne aujourd’hui avec une singulière actualité. Chaque été, lorsque les colonnes de fumée obscurcissent le ciel du Médoc, du Var, de la Corse ou de l’Anjou, lorsque les Canadair sillonnent le ciel et que les sapeurs-pompiers accomplissent des prodiges pour sauver des villages entiers, la France redécouvre sa vulnérabilité. Les habitants sont évacués, les hectares détruits se comptent par milliers, les ministres promettent de « tirer toutes les leçons » de la catastrophe. Puis vient l’automne, les commissions remettent leurs rapports, l’hiver apaise les inquiétudes, et l’été suivant la forêt … Lire la suite

«Notre pays sait empêcher les professionnels de protéger la forêt mais pas stopper ceux qui la brûlent» [Le Figaro]

Un hélicoptère de lutte contre les incendies déverse de l’eau sur une zone touchée par un incendie de forêt près de Cotignac, le 23 juillet 2026. Manon Cruz / REUTERS

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que plusieurs incendies exceptionnels embrasent le Sud-Ouest et le Var, le viticulteur Yves D’Amécourt, également membre de Nouvelle Énergie, dénonce notre incapacité à tirer les leçons de l’été 2022 et les injonctions contradictoires formulées aux forestiers.

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Yves d’Amécourt, ancien élu local de Gironde (conseiller général, maire, président d’EPCI, conseiller régional) est viticulteur et sylviculteur, référent agriculture-forêt-ruralité et porte-voix de Nouvelle Énergie, ingénieur de l’école des mines d’Alès. Il est l’auteur de L’humain, l’écologie, la politique (Éditions du Bien Commun, avril 2026).

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Pendant que les pompiers … Lire la suite

L’eau ne disparaît jamais, elle voyage.

On parle beaucoup d’eau cet an-ci. On parle de pénuries, de sécheresses, de retenues, d’irrigation, de centrales nucléaires, de conflits d’usage. Mais on parle rarement de ce qui devrait pourtant être le point de départ de toute réflexion : le cycle de l’eau.

Nous raisonnons souvent comme si l’eau disparaissait. Elle ne disparaît presque jamais.

Chaque année, la France métropolitaine reçoit environ 500 milliards de mètres cubes d’eau sous forme de pluie ou de neige. C’est un volume considérable. Sous l’action du soleil, une partie, 300 milliards, retourne naturellement dans l’atmosphère par évaporation des sols, des rivières et des océans, mais surtout par l’évapotranspiration des plantes. Une autre partie s’infiltre et recharge les nappes phréatiques. Le reste alimente les ruisseaux, … Lire la suite

Cinquante ans après la loi de 1976 : le temps de l’évaluation.

La loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature est de celles-là. Elle a consacré un principe simple : certaines espèces, devenues rares ou menacées, méritaient une protection particulière. Cinquante ans plus tard, la tribune de Bertrand Alliot et Romain Lasseur publiée dans Le Figaro nous invite à nous interroger : cette politique n’a-t-elle pas, sur certains points, si bien réussi qu’il est temps d’en réévaluer les modalités ?

La question mérite d’être posée.

Car, à mes yeux, le problème n’est pas tant la loi de 1976. Le problème est ce que nous avons construit depuis cinquante ans.

Au fil des directives européennes, des lois, des décrets, des circulaires et des jurisprudences, nous avons progressivement changé … Lire la suite

« La terre, premier capital de la nation » [La nouvelle revue politique]

Il est des mots que notre époque prononce avec gêne : propriété, capital, transmission. Comme s’ils étaient devenus suspects. Pourtant, en 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen place la propriété au cœur des droits naturels et imprescriptibles, aux côtés de la liberté, de la sûreté et de la résistance à l’oppression¹. Ce n’est pas un détail d’histoire. C’est une architecture politique. Sans propriété protégée, la liberté devient dépendance. Sans capital, l’économie devient fragile. Sans transmission, la nation s’épuise. Et c’est peut-être dans nos campagnes que cette vérité apparaît aujourd’hui avec le plus de netteté.

Publié le 15 juin 2026 sur la Nouvelle Revue Politique

Le capital est né dans les champs.

Le mot « capital » … Lire la suite

[ENTRETIEN] « Une partie de la crise écologique est une crise de la transmission »

Yves d’Amécourt présente son nouveau livre, une ode à la France.

Entretien publié le 14 juin 2026 par Boulevard Voltaire

Yves d’Amécourt, bien connu des lecteurs de BV, est vigneron et élu local en Gironde. Dans son dernier livre, L’Humain, l’Écologie et la Politique (aux Éditions du Bien commun), il met à profit son expérience pour proposer une réflexion politique et philosophique sur l’écologie, la transmission et la place de l’Homme dans la société. Entretien avec un homme d’action amoureux de la France.

Chloé Pineault. Vous attachez une grande importance à « la vérité du monde réel », qui est le titre d’une des parties de votre ouvrage. Quelle part de votre expérience d’élu de terrain avez-vous mise … Lire la suite

[TRIBUNE] Yves d’Amécourt : Réconcilier l’Homme avec l’écologie

TRIBUNE. Dans son livre L’humain, l’écologie et la politique, Yves d’Amécourt plaide pour une écologie de responsabilité, fondée sur la confiance, les territoires et l’initiative humaine, loin d’une logique jugée technocratique et punitive.

Il existe aujourd’hui un étrange paradoxe français. Jamais l’écologie n’a occupé une place aussi importante dans le débat public. Et jamais, dans le même temps, les Français n’ont eu le sentiment d’être aussi éloignés des décisions prises en leur nom. L’écologie devait réconcilier l’homme avec la nature ; elle est devenue un facteur supplémentaire de fracture entre les élites administratives et le pays réel. À force de réglementations, d’interdictions, de culpabilisation permanente et de technocratie, nous avons fini par transformer une belle idée – protéger la … Lire la suite

« Yves d’Amécourt, ou l’écologie contre les petits gardes rouges de l’effondrement » par David Angevin dans Causeur.fr

« Il existe aujourd’hui deux écologies. La première aime les paysages mais déteste ceux qui y vivent. Elle adore les cartes, les normes, les interdictions, les schémas régionaux, les conférences citoyennes et les comités Théodule. Elle parle du vivant avec des mots morts. Elle rêve d’une planète administrée par des experts en mobilité douce et des diplômés de Sciences Po sous perfusion de subventions publiques.

Et puis il y a l’autre. L’écologie des gens qui vivent quelque part. Celle des paysans, des forestiers, des chasseurs, des maires ruraux, des viticulteurs, des ingénieurs, des artisans. Une écologie enracinée. Charnelle. Empirique. Une écologie qui sait qu’un paysage n’est pas un décor mais une civilisation. C’est cette écologie-là qu’Yves d’Amécourt défend dans un … Lire la suite

[TRIBUNE] La France laisse mourir ses agriculteurs et feint de s’en étonner

« La crise agricole française n’est ni une fatalité ni une surprise. Elle est le résultat d’un choix politique répété. » Tribune publiée le 11 janvier 2025 sur Boulevard Voltaire.

La crise agricole française n’est ni une fatalité ni une surprise. Elle est le résultat d’un choix politique répété : celui du temps court contre le temps long, de l’idéologie contre le réel, de la posture morale contre la souveraineté.

Depuis des années, les gouvernements successifs traitent l’agriculture non comme une activité vitale, mais comme un problème à encadrer. Chaque crise donne lieu à un plan d’urgence, chaque colère à une promesse, chaque drame à un chèque. Mais jamais à une remise en cause de fond. On colmate, on subventionne, … Lire la suite

Crise agricole française : le temps long contre le temps court [La nouvelle revue politique]

Il est des crises qui éclatent dans le fracas, occupent l’actualité, mobilisent gouvernements et experts, puis disparaissent avec la même rapidité qu’elles sont apparues. Et il en est d’autres, plus profondes, plus graves, presque silencieuses, qui ne connaissent ni commencement net ni résolution spectaculaire. Elles avancent à pas lents, s’installent dans les habitudes, sédimentent dans les décisions successives, jusqu’à devenir un état permanent.
La crise agricole française appartient à cette seconde catégorie. Elle ne surgit pas : elle s’installe. Elle ne surprend pas : elle use. Elle ne se résout pas par un plan : elle interroge une civilisation.


Car ce qui se joue aujourd’hui dans les campagnes françaises dépasse de loin la question des prix agricoles, des normes environnementales … Lire la suite

PPE3 : une décision sans mandat, un passage en force sans légitimité

Il est des moments où la question n’est plus seulement celle du bon choix politique, mais celle de la légitimité même à décider. La Programmation pluriannuelle de l’énergie, la PPE3, nous place aujourd’hui exactement à cet endroit de fracture.

Comment accepter que l’exécutif envisage d’adopter un texte engageant la France pour plusieurs décennies alors qu’il reconnaît lui-même ne pas connaître le coût global réel des énergies renouvelables, au point de lancer, dans le même temps, une mission d’audit destinée à en mesurer l’impact sur les finances publiques¹ ? Décider avant de savoir, programmer avant d’évaluer : cette inversion de la raison politique serait déjà contestable dans un contexte institutionnel stable. Elle devient proprement choquante dans la situation actuelle.

Car le … Lire la suite

Barrages, marais et sécheresses : n’est pas « castor » qui peut, n’est pas « enfant du marais » qui veut

Barrage construit par des castors

On nous raconte une fable moderne : tout ce que la nature façonne serait bon par essence, tout ce que l’homme bâtit serait mauvais par principe. Ainsi des barrages : les castors les dressent et l’on applaudit ; l’homme les construit et l’on soupire, voire même, on les démolit. Cette facilité morale n’est pas à la hauteur des temps. À l’ère des sécheresses et des feux de forêt, cessons de jouer aux animaux — nous n’avons pas à nous faire passer pour des castors quand nous retenons l’eau, ni pour des loups quand nous régulons des populations. Il nous revient d’être des hommes libres et responsables, c’est-à-dire capables de distinguer, libres de discerner et responsables … Lire la suite

Incendies : laisser travailler ceux qui savent

On a tous en tête l’odeur rousse de l’été, la peau piquée par le vent chaud, le ciel qui se voile de fumée comme un mauvais présage. Dans l’Aude, l’été 2025 a éprouvé les terres et les hommes : des milliers d’hectares avalés en quelques heures, des villages cernés, des vignerons sonnés devant des ceps noircis. Et, partout, la même remarque, dite d’une voix fatiguée : la vigne, naguère, servait de coupe-feu ; à force d’arrachages, le feu a trouvé ses autoroutes¹. On aurait pu l’entendre plus tôt : la géographie rurale n’est pas un décor, c’est une ingénierie lente, patiente, faite de haies, de pistes, de pâturages, de vignes et de bois mûrement conduits.

Le feu, lui, n’est pas … Lire la suite

OGM : il est temps de redonner à la science la place qui lui revient dans le débat public.

On croyait le sujet épuisé. Et pourtant, une nouvelle publication scientifique rouvre le débat avec rigueur. Une équipe de chercheurs chinois, sans lien apparent avec les multinationales de l’agrochimie ni avec une quelconque organisation militante, vient de publier dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry une étude concluant à l’innocuité d’un maïs génétiquement modifié sur plusieurs générations d’animaux de laboratoire. L’étude a été financée par des institutions publiques, notamment l’Académie des sciences médicales de Chine et la province du Yunnan.

L’information est majeure : car l’étude n’est pas orientée par l’industrie, et elle ne s’inscrit pas dans une démarche militante. Elle repose sur une méthodologie classique, reproductible, validée par les pairs dans une revue scientifique prestigieuse publiée par l’American … Lire la suite

Un DPE « climaticide » !

Le Diagnostic de performance énergétique (DPE), obligatoire depuis 2006, a changé de nature en 2021 : il est devenu opposable, autrement dit, il engage la responsabilité du vendeur ou du bailleur. Cette évolution aurait pu être salutaire si le DPE reflétait fidèlement les performances énergétiques et climatiques des logements. Mais il fait exactement le contraire.

Par un mécanisme opaque et abscons, le DPE pénalise lourdement l’électricité — y compris lorsqu’elle est d’origine nucléaire, hydraulique ou solaire — et valorise à l’inverse les systèmes de chauffage au gaz naturel ou au fioul, pourtant bien plus émetteurs de gaz à effet de serre. Un comble, à l’heure où la France prétend réduire de moitié ses émissions d’ici 2030.

Le cœur du problème … Lire la suite

Prix d’orientation en viticulture durable : une avancée, deux risques

Le 15 juillet 2025, la Commission européenne a rendu un avis favorable sur un projet d’accord interprofessionnel innovant, porté par la filière viticole en Occitanie. Pour la première fois, un accord prévoyant la fixation de prix d’orientation pour les vins bio et HVE en vrac a été reconnu compatible avec le droit de la concurrence, sur la base de l’article 210 bis du règlement OCM.

Ce texte, introduit en 2021, autorise certaines dérogations aux règles classiques de concurrence dans le but de favoriser la durabilité environnementale, à condition que les restrictions soient strictement proportionnées aux objectifs poursuivis. C’est donc une révolution silencieuse mais significative : l’Union européenne reconnaît qu’un prix plus rémunérateur peut accompagner des pratiques agricoles plus vertueuses.… Lire la suite

Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. » — Bossuet

Il faut voir les tribunes indignées, les tweets rageurs, les pétitions enflammées. Plus d’1 million de signataire de la pétition contre la loi Duplomb ! À l’occasion du débat parlementaire, certains élus de la gauche radicale ont retrouvé leurs réflexes : protester, condamner sans vergogne, bloquer, et mentir outrageusement devant la représentation nationale ! L’objet de leur courroux ? La réintroduction, strictement encadrée, d’un insecticide : l’acétamipride[1].

Cette molécule, autorisée au niveau européen, est aujourd’hui utilisée dans une vingtaine de pays pour lutter contre des ravageurs spécifiques, notamment dans les cultures de la betterave, les vergers de pommiers ou de noisetiers. En France, elle … Lire la suite

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