
Il existe aujourd’hui un étrange paradoxe français. Jamais l’écologie n’a occupé une place aussi importante dans le débat public. Et jamais, dans le même temps, les Français n’ont eu le sentiment d’être aussi éloignés des décisions prises en leur nom. L’écologie devait réconcilier l’homme avec la nature ; elle est devenue un facteur supplémentaire de fracture entre les élites administratives et le pays réel. À force de réglementations, d’interdictions, de culpabilisation permanente et de technocratie, nous avons fini par transformer une belle idée – protéger la création et transmettre un monde habitable – en une mécanique de défiance. Cette dérive n’est pas sans conséquence. Car une société qui cesse de faire confiance aux hommes finit toujours par les administrer au lieu de les responsabiliser.
C’est précisément ce que j’ai voulu explorer dans mon livre L’humain, l’écologie et la politique. Je l’ai écrit non comme un théoricien, mais comme un homme de terrain : ancien maire, ancien conseiller général, viticulteur, ingénieur de formation. J’y parle des territoires, des entreprises, des agriculteurs, des élus locaux, des associations, de tous ceux qui vivent concrètement les conséquences d’un système devenu progressivement illisible. Car le problème français n’est pas seulement budgétaire, économique ou institutionnel. Il est devenu anthropologique : nous ne croyons plus assez à la responsabilité humaine. Nous avons remplacé la confiance par le contrôle, l’initiative par la procédure, le discernement par la norme. Chaque problème appelle désormais une loi, chaque risque une interdiction, chaque difficulté un nouveau formulaire. L’État s’est peu à peu transformé en gestionnaire du quotidien alors même qu’il peine à assurer ses missions essentielles.
Je l’ai vu durant mes années de mandat local. Je me souviens d’un dossier concernant une route régulièrement inondée près de l’abbaye de Blasimon. La solution proposée par les élus locaux et les habitants était simple : ajouter une seconde buse sous la chaussée afin d’élargir le passage de l’eau. Mais avant d’agir, il fallut réunir une multitude d’organismes, commander une étude réglementaire coûteuse… qui conclut finalement qu’il suffisait effectivement d’ajouter une buse. Cette anecdote prête à sourire ; elle dit pourtant beaucoup de l’état de notre pays.
À force de complexité, nous avons paralysé l’action publique et découragé les bonnes volontés. Le sujet dépasse largement la seule question administrative. Il touche à notre vision même de la société. Je crois profondément que l’homme n’est pas l’ennemi de la nature. Depuis des siècles, les paysages français sont le fruit d’une alliance entre le travail humain et le vivant. Nos campagnes, nos vignobles, nos forêts, nos bastides, nos canaux, nos bocages ne sont pas nés contre l’homme mais avec lui.
L’écologie véritable devrait partir de cette réalité simple : protéger la nature suppose d’abord de respecter ceux qui l’habitent, la travaillent et la transmettent. C’est pourquoi je refuse cette opposition devenue presque systématique entre économie et écologie, entre progrès et enracinement, entre technologie et civilisation. La France n’a pas besoin d’une écologie punitive ; elle a besoin d’une écologie de responsabilité. Une écologie qui fasse confiance aux territoires plutôt qu’aux injonctions descendantes. Une écologie qui encourage l’innovation plutôt qu’elle ne la soupçonne. Une écologie qui valorise le travail, la transmission et le mérite au lieu de les culpabiliser.
L’écologie véritable devrait partir de cette réalité simple : protéger la nature suppose d’abord de respecter ceux qui l’habitent, la travaillent et la transmettent. C’est pourquoi je refuse cette opposition devenue presque systématique entre économie et écologie, entre progrès et enracinement, entre technologie et civilisation. La France n’a pas besoin d’une écologie punitive ; elle a besoin d’une écologie de responsabilité. Une écologie qui fasse confiance aux territoires plutôt qu’aux injonctions descendantes. Une écologie qui encourage l’innovation plutôt qu’elle ne la soupçonne. Une écologie qui valorise le travail, la transmission et le mérite au lieu de les culpabiliser.
Cette réflexion rejoint naturellement celle sur le rôle de l’État. Je crois à un État stratège, pas à un État gestionnaire. Un État capable de fixer un cap, d’assurer la souveraineté nationale, de garantir la sécurité, la justice, l’éducation et les grands équilibres, mais aussi suffisamment humble pour laisser respirer la société. Car le véritable moteur d’une nation demeure l’énergie de son peuple. Le travail, l’entreprise, l’engagement associatif, les communes, les familles, les corps intermédiaires forment cette société vivante sans laquelle aucun pays ne tient durablement debout. Je reste convaincu que la France possède encore toutes les ressources nécessaires à son redressement : des savoir-faire, des territoires magnifiques, une agriculture d’excellence, une industrie qui ne demande qu’à renaître, une jeunesse capable d’inventer et de créer.
Mais ce redressement suppose une condition préalable : retrouver confiance en l’homme. Car lorsqu’une société ne croit plus dans la liberté , quand elle n’appelle plus la responsabilité individuelle, elle finit toujours par choisir la surveillance permanente. Et lorsqu’elle cesse de croire au travail, au mérite et à la transmission, elle se condamne lentement à l’impuissance. L’écologie ne doit pas devenir une religion triste tournée contre l’humanité. Elle devrait au contraire être une politique de civilisation.
[TRIBUNE] Yves d’Amécourt : Réconcilier l’Homme avec l’écologie – Valeurs actuelles
