La crise de la filière viti-vinicole : propositions concrètes !

Jeudi soir j’étais invité par le « Fédération des Entreprises » de la fédération UMP de Gironde. Voici le compte rendu des propositions concrètes, qui seront adressées, via cette fédération, au niveau national.

Contexte :

La filière viti-vini est durement touchée par une crise économique importante, depuis plusieurs années. Les différentes causes de cette crise se trouvent dans les pages suivantes.

Quelques mesures phares sont proposées pour redonner du dynamisme et de la compétitivité à ce secteur.

  1. Assouplir les contraintes liées au produit, aussi bien sur la forme (nature des indications sur les étiquettes, diminution du nombre d’AOC pour augmenter la lisibilité) que sur le fond (possibilité d’utilisation de techniques employées dans d’autres pays pour se rapprocher des demandes du consommateur)
  2. Regrouper les administrations de tutelle. Parallèlement, regrouper les organismes de filière comme les syndicats professionnels.
  3. Favoriser l’export notamment par l’utilisation du réseau des ambassades et l’arrêt de la « prohibition » qu’on connaît depuis quelques années.

Quelques chiffres pour l’Aquitaine:

  • La filière bois (exploitation de la forêt et transformation) : 25000 salariés ; 2,5 milliards d’euros de C.A.
  • La filière aéronautique-espace-défense : 38500 emplois ; 3,8 milliards d’euros de C.A.
  • La filière viti-vini : 150 000 Ha dont 80% en Gironde, 60 000 emplois directs et indirects, 5 milliards de C.A. Selon le dernier rapport du commissaire européen Mariann Fisher Boel, la filière viticole est le premier employeur européen, et le premier exportateur européen. En France la filière viti-vinicole est le deuxième exportateur après l’aérospatiale.

La crise recouvre des situations très différentes. Les grands crus ne sont peu ou pas touchés tandis que la masse des exploitants est frappée de plein fouet.

Cette crise a plusieurs origines :

  • une baisse de la consommation en France qui reste le premier marché : changement des habitudes de vie et de consommation, diminution des besoins en calories journaliers, renforcement des contrôle d’alcoolémie sur la route (400000 hectolitres de moins vendus par ans dans la restauration en 4 ans suite aux lois renforçant les contrôles d’alcoolémie), absence de programme d’éducation à la consommation modérée de vin (connaissance de soi, difficulté à poser la limite entre la consommation modérée et la consommation excessive, …), incapacité de l’administration française à reconnaître les travaux du Pr Renaud, qui ont donné lieu à ce qu’il est convenu d’appeler le « French Paradox », confusion systématique entre alcoolisme et consommation d’alcool, de vin (auquel on attribue 45000 décès par an, alors qu’aucune statistique fiable n’est disponible sur le sujet)…
  • l’absence des vins français sur les marchés mondiaux : longtemps le négoce français s’est « reposé » sur le marché français, tandis que des vignobles naissaient aux 4 coins du monde. A cela s’ajoute : une mauvaise lisibilité de l’offre (457 AOC, 140 vins de pays, + AOVDQS, IGP, Vins de Table, …), une mauvaise adaptation des vins français aux autres habitudes de consommation mondiaux (sur le coeur de marché entre 2€50 et 5€), une mauvaise grille de lecture (terroirs vs cépages), l’absence de solidarité entre les opérateurs à l’export qui entraîne une dispersion des efforts, l’existence de taxes à l’importation discriminatoire pour les vins français sur un certain nombre de marchés mondiaux (Corée, Brésil, etc…)
  • la législation française sur la production de vin trop contraignante, trop coûteuse, trop difficile à faire bouger : elle empêche les entreprises d’adapter leurs produits et leur packaging aux marchés qu’elles souhaitent satisfaire, elle empêche la maîtrise des prix de revient dans un environnement français déjà très coûteux (loi sur les 35 h, charges sociales agricoles, entretien de près de 400 administration de tutelles ou organismes professionnels ou organismes concernés par la filière viticole…)

Les mesures proposées :

Mesures sur le produit :

On ne se pose pas assez la question de savoir ce que recherche le consommateur. Aujourd’hui, les anglo-saxons ont adapté leurs méthodes de vinification à ces goûts et exportent leur vin en France, alors que les Français, encadrés par des contraintes administratives insolubles, ne peuvent pas faire l’inverse. L’état et l’Europe doivent être beaucoup moins interventionnistes sur ce qui concerne la conception des produits et de leur emballage !

  • assouplir les contraintes. Pour plus de liberté d’exploiter, (choix des cépages, l’usage des copeaux, … : pour travailler des goûts correspondant aux demandes des nouveaux consommateurs).
  • Introduire le liberté d’entreprendre dans une filière sclérosée, allant ainsi dans le sens de ce que souhaite la masse des exploitants. Et parallèlement être plus efficace dans la sanction de la conformité des produits vis à vis des attentes des dénominations des vins produits.
  • Laisser la liberté aux opérateurs de concevoir leurs étiquettes en fonction des marché : utilisation du nom de cépage sur les marché qui le demande,
  • Inciter les professionnels à simplifier l’offre en faisant disparaître des dénominations (certaines AOC ou vins de Pays n’ont pas leur raison d’être), en en regroupant d’autres (AOVDQS, Vins de Pays, AOC Régionales), en stoppant l’invention de sous catégorie (débat sur les AO, AOC, AOCE, AOCG), en encourageant l’exportation des AOC Régionales (gamme plus lisibles à l’export : Bordeaux, Bourgogne, Languedoc Roussillon, Val de Loire, Alsace, …), en protégeant l’utilisation des noms de Château et de propriété et en incitant à la création de Marques Commerciales fortes.
  • Exemple : à Bordeaux nous pourrions remplacer 57 AOC par 3 familles dans lesquels le consommateur se retrouve : « Bordeaux », « Bordeaux Grand Cru », « Crus classés de Bordeaux ».

Mesures sur les administrations de tutelle

Trop d’organismes différents participent à la gestion de la filière en France. De l’INAO aux Douanes, ce sont plus de 400 organismes officiels qui existent et qui exercent une tutelle sur les AOC, les AOVDQS, les IGP, les VDP, les VDT, etc…. Comment dans ces conditions avoir la vue d’ensemble et l’interlocuteur unique qui permettrait d’optimiser la filière entière ? La production viticole en France est « hyper-administrée ». Cela coûte très cher à la collectivité et aux viticulteurs et le système aujourd’hui essoufflé a montré depuis 5 ans son incapacité à résoudre les problèmes.

  • Réorganiser et regrouper les administrations de tutelle
  • Suivre Mariann Fischer Boel dans son projet de nouvelle OCM : arrachage à court terme pour rééquilibrer l’offre et la demande et sortir ainsi de la crise structurelle, puis libéralisation des droits de plantation, suppression des fonds consacré à la destruction de produits (la distillation, les arrachages, …) au profit de l’aide à la vente et à la prise de part de marché,
  • Trouver avec Mariann Fischer Boel un moyen moins coûteux mais plus efficace d’organiser la maîtrise économique et le partage équitable de la valeur ajoutée dans la filière, dans un environnement de concentration des distributeurs.
  • Inciter les organismes de filière à ce regrouper et à travailler par segment de marché, et non plus par terroirs. Les coopérations qui furent mise en place après guerre, au niveau de la production (coopératives, syndicat, interprofession, …) doivent se mettre en place sur les marchés. N’avoir qu’un syndicat interprofessionnel par « Appellation ». Ainsi en Gironde, en suivant la proposition précédente, il n’y aurait plus que 3 syndicats, correspondant à 3 segments de marché.

Mesures à l’export :

Trop de disparités demeurent entre les différents vins du monde pour l’accès à différents marchés…

  • l’état français et l’Europe doivent veiller à supprimer ces discriminations en gardant à l’esprit que la filière viticole est le deuxième exportateur pour la France et le premier pour l’Europe !
  • la France des ambassades doit être fière de ses productions de terroirs et mettre autant d’acharnement à vendre des AIRBUS, qu’à vendre du vin des rillettes ou du foie gras !

Pour ce faire la France doit définitivement enterrer la hache de guerre avec le vin, s’appuyer sur les travaux du docteur Renaud (le « French Paradox »), dire non à la prohibition du vin, faire la différence (comme en Espagne) entre le vin et l’alcool et s’inspirer du Canada pour mettre en place un programme éduc’alcool.

Comme dans de nombreux sujets, la France doit cesser d’avoir peur d’elle-même ! Elle doit reconnaître son histoire et ses racines, se réapproprié sa culture, et prendre confiance en elle !

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