
Le 28 avril 2026 avait lieu à l’Assemblée Nationale, à l’invitation de Julien Dive, un colloque sur la vigne et le vin. Il était animé par le journaliste Pascal Perri.
Table ronde 1 – Consommation et image du vin : un bouleversement sans précédent ?
Intervenants : Samuel Montgermont, président de Vin & Société, Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants, Jérôme Baudouin, rédacteur en chef de La Revue du vin de France

Table ronde 2 – Climat : comment adapter le vignoble ?
Intervenants : Bernard Angelras, président de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, Yves d’Amécourt, viticulteur à Sauveterre-de-Guyenne, Lucie Meyer, représentante xarvio®, Nadège Bidou, représentante Alliance Biocontrôle

Table ronde 3 – Gouvernance et leviers publics : quelles clefs pour agir ?
Intervenants : Bernard Farges, président du CNIV et du CIVB, Jérôme Bauer, président de La Maison des Vignerons, Jérôme Corsin, président de l’ODG Union des Crus du Beaujolais
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Résumé de mon intervention.
En 2003, j’avais publié un article dans l’Union Girondine intitulé “Pourquoi je défends les vignes larges et hautes”.
Ce texte, écrit il y a plus de vingt ans, me semble aujourd’hui d’une actualité frappante, en particulier pour introduire les échanges consacrés à l’adaptation de la viticulture au changement climatique.
1. Un texte précurseur sur l’adaptation climatique
En 2003, dans un contexte encore peu sensibilisé à ces enjeux, je défendais une approche agronomique fondée sur quelques principes simples :
- capter au mieux la lumière et la chaleur via le feuillage, l’optimum de croissance de la vigne se situe entre 20 et 30°C ;
- adapter la densité de plantation aux conditions de sol et de climat ; dans nos argiles de l’Entre-Deux-Mers, les racines n’ont pas de problèmes pour se développer ;
- maîtriser la vigueur de la vigne pour garantir la qualité des raisins,
- éviter les excès, qu’ils soient productivistes ou réglementaires.
L’idée centrale était la suivante : la qualité du raisin dépend d’un équilibre entre sol, climat, plante et conduite, et non d’un modèle unique imposé. Depuis le fin des années 90 la température moyenne, en gironde, a augmenté de 1,7°C. L’ensoleillement n’a pas changé, mais il s’est concentré sur les mois d’été.
2. Une remise en cause anticipée des normes rigides
À l’époque, ces positions allaient à rebours des doctrines dominantes, notamment sur la densité de plantation dans les AOC. Je soulignais déjà :
- l’absence de corrélation systématique entre densité et qualité,
- la nécessité d’adapter les pratiques aux réalités locales.
- les limites d’un cadre trop normatif. Dans l’Entre-deux-Mers, nous avons 47 profils de terroirs ; imaginer que l’on puisse imposer à tous, la même architecture du vignoble est un non-sens.
Aujourd’hui, ce débat est ouvert :
- l’INAO appelle à simplifier les cahiers des charges, faute de personnel suffisant pour les contrôler (sic !)
- la CNAOC demande davantage de liberté pour les producteurs,
- plusieurs régions expérimentent des densités plus faibles.
3. Une réponse agronomique aux défis environnementaux actuels
L’article mettait également en avant des leviers que l’on qualifie aujourd’hui d’agroécologiques :
- réduction des herbicides par l’enherbement,
- baisse significative de l’usage des pesticides, rappelons que la « peste » était le nom du mildiou et que le premier « pesticide » fut inventé pour combattre cette « peste » ;
- diminution de la consommation énergétique par une meilleure organisation du vignoble. Pour traiter une vigne plantée à 3 mètres entre les rangs, je parcours 3 km ; Pour traité une vigne plantée à 1 mètre, j’en parcours 10 ;
En filigrane, une conviction : l’architecture de la vigne peut remplacer une partie des intrants.
4. Une grille de lecture utile
Ce texte peut servir de point de départ pour poser quelques questions structurantes :
- Faut-il adapter la vigne au climat ou adapter les règles à la vigne ?
- La transition écologique passe-t-elle par plus de normes ou plus de liberté ?
- Peut-on concilier typicité des AOC et innovation agronomique ?
- Comment redonner aux vignerons la responsabilité de leurs choix techniques ?
5. Une intuition devenue centrale
Ce qui pouvait apparaître comme marginal en 2003 — les vignes larges, la gestion du feuillage, l’adaptation fine aux terroirs — est aujourd’hui au cœur des réflexions sur :
- le réchauffement climatique,
- la production de vins plus équilibrés et moins alcoolisés,
- la réduction des intrants,
- la soutenabilité économique des exploitations.
En somme, ce texte témoigne d’une idée simple : le réel agronomique finit toujours par rattraper la norme administrative.
Ma conviction est que l’adaptation au réchauffement climatique passe par plus de liberté, pas par plus de normes !
Enfin, j’appelais à ce que la France, reconnaisse que, dans un verre de vin, il y a comme une parcelle de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ainsi, Atiq Rahimi, écrivain afghan, prix Goncourt 2008, pose souvent un verre de vin devant lui lorsqu’il prend la parole en public. Interrogé sur ce geste, il explique qu’en Afghanistan on peut être tué pour cela — et que ce verre est la preuve qu’il est un homme libre.

