Fables, nouvelles, histoires naturelles ou technologiques

Barrages, marais et sécheresses : n’est pas « castor » qui peut, n’est pas « enfant du marais » qui veut

Barrage construit par des castors

On nous raconte une fable moderne : tout ce que la nature façonne serait bon par essence, tout ce que l’homme bâtit serait mauvais par principe. Ainsi des barrages : les castors les dressent et l’on applaudit ; l’homme les construit et l’on soupire, voire même, on les démolit. Cette facilité morale n’est pas à la hauteur des temps. À l’ère des sécheresses et des feux de forêt, cessons de jouer aux animaux — nous n’avons pas à nous faire passer pour des castors quand nous retenons l’eau, ni pour des loups quand nous régulons des populations. Il nous revient d’être des hommes libres et responsables, c’est-à-dire capables de distinguer, libres de discerner et responsables … Lire la suite

Incendies : laisser travailler ceux qui savent

On a tous en tête l’odeur rousse de l’été, la peau piquée par le vent chaud, le ciel qui se voile de fumée comme un mauvais présage. Dans l’Aude, l’été 2025 a éprouvé les terres et les hommes : des milliers d’hectares avalés en quelques heures, des villages cernés, des vignerons sonnés devant des ceps noircis. Et, partout, la même remarque, dite d’une voix fatiguée : la vigne, naguère, servait de coupe-feu ; à force d’arrachages, le feu a trouvé ses autoroutes¹. On aurait pu l’entendre plus tôt : la géographie rurale n’est pas un décor, c’est une ingénierie lente, patiente, faite de haies, de pistes, de pâturages, de vignes et de bois mûrement conduits.

Le feu, lui, n’est pas … Lire la suite

La PPE3 n’est pas une programmation. C’est un dogme.

Il y a des politiques qui coûtent cher. Et puis il y a celles qui ruinent à la fois les finances publiques, la cohérence énergétique et la confiance démocratique. La troisième version de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) appartient à cette seconde catégorie. C’est le cas d’école d’un plan bâti non pas sur les besoins du pays, mais sur une idéologie. Et d’un gouvernement qui persiste dans l’erreur en feignant d’agir pour le climat.

Car enfin, que dit ce document que l’on tente de faire passer en plein été par décret, sans vote de la loi de programmation pourtant obligatoire ? Qu’il faut d’ici 2035 tripler ou quadrupler la capacité solaire, installer 20 000 éoliennes, couvrir les littoraux de … Lire la suite

OGM : il est temps de redonner à la science la place qui lui revient dans le débat public.

On croyait le sujet épuisé. Et pourtant, une nouvelle publication scientifique rouvre le débat avec rigueur. Une équipe de chercheurs chinois, sans lien apparent avec les multinationales de l’agrochimie ni avec une quelconque organisation militante, vient de publier dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry une étude concluant à l’innocuité d’un maïs génétiquement modifié sur plusieurs générations d’animaux de laboratoire. L’étude a été financée par des institutions publiques, notamment l’Académie des sciences médicales de Chine et la province du Yunnan.

L’information est majeure : car l’étude n’est pas orientée par l’industrie, et elle ne s’inscrit pas dans une démarche militante. Elle repose sur une méthodologie classique, reproductible, validée par les pairs dans une revue scientifique prestigieuse publiée par l’American … Lire la suite

DNC : abattre, vacciner, isoler ?

Au fil des crises agricoles, un triste refrain revient : l’isolement des éleveurs, l’opacité des décisions sanitaires, et le poids des procédures administratives qui s’ajoute à la détresse. La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie virale qui touche les bovins, s’est récemment invitée dans cette litanie. En France, un seul cas déclaré suffit à déclencher l’abattage total du troupeau, sans réelle prise en compte de l’état sanitaire global, du statut vaccinal ou de la nature de l’élevage. Et pourtant, ailleurs, d’autres approches existent. Plus proportionnées. Moins brutales.

Une maladie animale, pas une zoonose

La DNC, ou Lumpy Skin Disease (LSD) en anglais, est une maladie virale contagieuse, transmise par des insectes piqueurs (moustiques, mouches, tiques, taons), qui affecte essentiellement les bovins. … Lire la suite

Un DPE « climaticide » !

Le Diagnostic de performance énergétique (DPE), obligatoire depuis 2006, a changé de nature en 2021 : il est devenu opposable, autrement dit, il engage la responsabilité du vendeur ou du bailleur. Cette évolution aurait pu être salutaire si le DPE reflétait fidèlement les performances énergétiques et climatiques des logements. Mais il fait exactement le contraire.

Par un mécanisme opaque et abscons, le DPE pénalise lourdement l’électricité — y compris lorsqu’elle est d’origine nucléaire, hydraulique ou solaire — et valorise à l’inverse les systèmes de chauffage au gaz naturel ou au fioul, pourtant bien plus émetteurs de gaz à effet de serre. Un comble, à l’heure où la France prétend réduire de moitié ses émissions d’ici 2030.

Le cœur du problème … Lire la suite

À Montchavin, la piste du champignon toxique pour expliquer une recrudescence de maladie de Charcot chez les habitants

Et si un champignon cachait un mal bien plus grave ? À Montchavin, petit village savoyard niché dans la station de La Plagne, une énigme médicale suscite depuis quelques années la curiosité des chercheurs. Entre 2009 et 2019, une recrudescence de cas de sclérose latérale amyotrophique (SLA), plus connue sous le nom de maladie de Charcot, a été observée dans cette commune de moins de 400 habitants. Ce que les épidémiologistes appellent un « cluster », c’est-à-dire une concentration inhabituelle de cas dans un espace et un temps donnés.

Un tel phénomène est rare pour cette maladie dégénérative, qui touche environ 2 à 3 personnes sur 100 000 par an dans la population générale. À Montchavin, plus d’une dizaine de … Lire la suite

Pesticides : et si on arrêtait de mentir aux consommateurs ?

Depuis des années, les discours écologistes nous accusent de tous les maux. Les agriculteurs dits « conventionnels », que l’on devrait plutôt appeler « raisonnés » ou « modernes », seraient des pollueurs, des empoisonneurs, des destructeurs de biodiversité. À l’inverse, l’agriculture biologique serait pure, vertueuse, inoffensive. Cette opposition binaire est non seulement injuste, mais elle est fausse.

Nous sommes nombreux à pratiquer une agriculture certifiée Haute Valeur Environnementale (HVE 3, version 4), avec des pratiques raisonnées, des traitements limités, des bandes enherbées, des haies, des rotations, une attention à la biodiversité. Nous sommes jugés sur des résultats environnementaux, pas sur une méthode figée. Et pourtant, nous sommes sans cesse attaqués, pendant que d’autres jouissent d’une impunité médiatique qu’ils ne … Lire la suite

Cryptoactifs : une monnaie à la hauteur de notre intelligence

« Les cryptomonnaies ne sont pas de simples actifs financiers, mais l’expression technologique de principes fondamentaux » David Lisnard dans l’Opinion le 23 juillet 2025.

Cette révolution n’est pas sans précédent historique. Lorsque les accords de Bretton Woods furent signés en 1944, ils consacrèrent l’hégémonie du dollar, adossé à l’or, comme pivot d’un nouveau système monétaire mondial¹. La convertibilité fut rompue en 1971 par Richard Nixon, mais l’influence du dollar persista, portée par la force de l’économie américaine. Aujourd’hui, les États-Unis expérimentent une nouvelle forme d’ancrage : des cryptoactifs régulés, parfois adossés à des actifs tangibles ou à des devises officielles. Cette architecture rappelle, toute proportion gardée, celle du franc CFA, lui-même adossé à l’euro via le Trésor français². Dans les … Lire la suite

Loïk Le Floch-Prigent, la parole d’un homme debout

Il y a des hommes qui tombent et s’effacent. Et il y a ceux qui tombent… mais se relèvent. Loïk Le Floch-Prigent était de ceux-là. Il s’est éteint le 15 juillet 2025, à Paris, à l’âge de 81 ans, dans une indifférence feutrée — comme si l’on préférait ne pas entendre une voix qui, depuis plus de dix ans, dérangeait tant elle disait vrai.

Ingénieur de formation, diplômé de l’École nationale supérieure d’hydraulique et de mécanique de Grenoble, il avait dirigé certains des plus grands groupes industriels français : Rhône-Poulenc, Elf, Gaz de France, la SNCF. Il avait vu, de l’intérieur, l’industrie française au travail, sa grandeur comme ses compromissions, ses forces vives comme ses angles morts. Et c’est cette … Lire la suite

Le béton qui se régénère : une leçon de modestie venue du nucléaire

Il y a parfois des nouvelles scientifiques qui bouleversent nos certitudes sans faire grand bruit. Une de celles-là vient d’être révélée dans un article étonnant publié par Le Gaz : certains bétons utilisés dans les centrales nucléaires… se régénèrent spontanément sous l’effet des radiations¹.

Oui, vous avez bien lu. Alors que l’on croyait que l’exposition prolongée aux neutrons dégradait irrémédiablement les structures en béton, une équipe de chercheurs japonais a démontré que le quartz, l’un des constituants de ces bétons, réorganise sa structure cristalline après déformation, réparant ainsi une partie des microfissures causées par le rayonnement².

Une découverte inattendue, presque poétique : au cœur d’un environnement que l’on dit hostile, un matériau inerte retrouve seul sa cohésion. Le béton, symbole … Lire la suite

Chauffage électrique : il est temps d’en finir avec le malus absurde de l’énergie primaire

Le Premier ministre François Bayrou a annoncé sa volonté de ramener le coefficient d’énergie primaire de l’électricité de 2,3 à 1,9 à compter de janvier 2026. Objectif : faire revenir sur le marché locatif quelque 850 000 logements aujourd’hui exclus à cause d’un mauvais classement au DPE [1]. C’est un premier pas. Mais pourquoi marchander ce chiffre comme on négocierait une cote d’argus ? Il est temps de supprimer purement et simplement ce coefficient obsolète.


Une convention dépassée, héritée d’un autre temps

Ce fameux coefficient d’énergie primaire (Ep/Ef), appliqué à l’électricité dans le calcul des DPE, vise à prendre en compte l’énergie nécessaire à sa production, son transport et sa distribution. Jusqu’en 2021, il était fixé à 3,0. Depuis, … Lire la suite

Acétamipride : un retour maîtrisé, pas un recul écologique

Le Parlement a voté la réintroduction encadrée de l’acétamipride pour certaines cultures sensibles, notamment la noisette, dans le cadre de la loi DUPLOMB. Cette décision, souvent caricaturée comme un « retour des pesticides tueurs d’abeilles », mérite d’être éclairée avec rigueur. Il ne s’agit pas de nier les dangers inhérents à cette molécule, mais de rappeler un principe essentiel en toxicologie : le danger n’est pas le risque1.

L’acétamipride est effectivement un insecticide néonicotinoïde2. Il partage certaines propriétés avec des substances aujourd’hui interdites (imidaclopride, clothianidine), mais il présente une toxicité bien plus faible pour les abeilles3. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’il reste autorisé au niveau européen jusqu’en 20334, et que l’ANSES, … Lire la suite

Pour agir sur le climat, il y a mieux que les verts : il y a la chlorophyle !

On nous dit que le changement climatique est irréversible, que le CO₂ s’accumule depuis deux siècles et qu’il en faudra dix pour l’en faire partir. Les uns nous promette des solutions technologiques lointaines, complexes, hors de portée. Les autres nous propose la décroissance, la dénatalité et la précarité. Ils nous proposent de réensauvager la nature, d’en faire disparaître l’homme ! Les uns nous expliquent qu’il faut agir. Les autres nous disent que c’est trop tard. Les sociétés doutent. Le doute profite aux manigances et aux profiteurs. Se degage de tout cela un sentiment d’impuissance. Il est entretenu par ceux qui en tirent des bénéfices : financiers, politiques, philosophiques …

Et si, au lieu de nous résigner à l’impuissance, nous engagions … Lire la suite

Éolien, solaire : pour une politique énergétique fondée sur la réalité, pas sur le mimétisme

La transition énergétique est une nécessité. Mais cela n’autorise pas à faire n’importe quoi, n’importe où, au nom d’une bonne cause. En matière d’énergies renouvelables intermittentes, il est urgent de rappeler quelques fondamentaux : la différence entre puissance installée et production réelle, l’adéquation entre production et besoins, les coûts cachés de l’intermittence, et surtout, la finalité climatique qui devrait guider chaque choix selon les contextes nationaux. La France, dont l’électricité est déjà largement décarbonée, doit sortir du mimétisme pour retrouver le sens des réalités.

I. Une éolienne n’est pas un barrage, un panneau solaire n’est pas une centrale nucléaire, la puissance installée n’est pas la puissance délivrée

On parle beaucoup de « puissance installée » lorsqu’il s’agit d’énergies renouvelables. Mais … Lire la suite

Pourquoi les bananes n’ont-elles pas de pépins ?

Éloge d’un petit bijou de science, d’histoire et de bon sens

À propos du livre de Benjamin Nowak (Dunod, 2025)

« Une banane ne produit pas de graines, et pourtant elle se multiplie. Un mystère ? Non : une invention humaine. »
— Benjamin Nowak, Pourquoi les bananes n’ont-elles pas de pépins ?

On croyait connaître les fruits et légumes qui remplissent nos paniers, nos assiettes et nos souvenirs d’enfance. Et pourtant, dans ce petit ouvrage lumineux, Benjamin Nowak nous apprend que la carotte fut blanche avant d’être orange, que le maïs était autrefois un simple graminée sauvage, et que la banane Cavendish que nous mangeons aujourd’hui n’est ni tout à fait naturelle, ni tout à fait artificielle : elle … Lire la suite

Canicule : vive la clim ! N’en déplaise aux écolos.

À chaque vague de chaleur, c’est le même scénario dans certaines communes françaises : on ferme les écoles, on renvoie les enfants chez eux à 10 h du matin, on annule les activités périscolaires ou sportives, « à cause du climat ». Mais plutôt que d’adapter les bâtiments ou d’investir dans des solutions modernes – climatisation, ventilation, ombrage – on préfère s’en remettre à l’idéologie, à la pénitence, voire au renoncement. Imaginez le sourire de nos compatriotes des Outremers lorsqu’ils regardent les informations !

Le gros mot du moment : “la clim”, au nom de l’écologie. On empêche les collectivités de s’en doter. Résultat : la France est l’un des pays les moins bien équipés d’Europe⁴. Et pourtant, c’est en … Lire la suite

Chasse et biodiversité : quand l’idéologie se pare des habits de la science

Ce mercredi, au Sénat, la ministre de la Transition écologique a tenté de défendre l’indéfendable. Interpellée par le sénateur Pierre Cuypers (photo) sur son projet d’arrêté limitant la chasse de plusieurs espèces dites « en déclin », Agnès Pannier-Runacher a multiplié approximations, contradictions et pirouettes rhétoriques. Le tout, en invoquant comme bouclier cette Europe dont le gouvernement se réclame quand cela l’arrange — mais qu’il oublie volontiers lorsqu’il s’agit de défendre la filière nucléaire, la pêche ou l’agriculture.

Une ministre en roue libre sur les espèces

La « polombe » évoquée par la ministre restera dans les annales. Après le fuligule « malouin », voici donc la chasse à la « polombe » ! L’approximation n’est pas qu’une anecdote : … Lire la suite

Agriculture biologique : quand la micro-écologie contredit la macro-écologie

L’agriculture biologique jouit d’une image flatteuse dans l’opinion : elle serait « bonne pour le climat », « respectueuse de la biodiversité », « économe en ressources et en énergie ». On vante ses circuits courts, ses sols vivants, ses paysages variés. Mais qu’en disent réellement les sciences du climat et de la biodiversité ?

En s’en tenant non aux résumés politiques du GIEC et de l’IPBES, mais aux rapports scientifiques eux-mêmes, force est de constater que la réponse est bien plus nuancée que les slogans des écologistes.


Ce que dit le GIEC : moins de rendement, plus de terres, pas moins d’émissions

Dans le sixième rapport d’évaluation du GIEC (groupe III, volet scientifique), l’agriculture biologique apparaît comme une solution … Lire la suite

Retrouver l’espérance dans un monde biaisé

Nous vivons dans une époque paradoxale. Jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y eut autant de progrès mesurables : recul de la pauvreté, allongement de l’espérance de vie, accès à l’éducation, diminution de la violence à long terme. Et pourtant, rarement nos sociétés n’ont paru aussi inquiètes, aussi désabusées, aussi méfiantes face à l’avenir.

Cette dissonance n’est pas un hasard. Elle tient à la façon dont notre cerveau appréhende les risques et les pertes. Daniel Kahneman et Amos Tversky, dans leur théorie des perspectives, ont montré que nous ressentons les pertes avec deux fois plus d’intensité que les gains. Notre perception n’est pas linéaire : elle est biaisée par la peur, par l’émotion, par l’évolution elle-même qui nous a appris … Lire la suite

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