Plan “Stop à la dette” : le faux-semblant budgétaire

Le Premier ministre a présenté hier son plan pluriannuel de redressement des finances publiques, sous un titre aussi martial que trompeur : “Stop à la dette !”. Il aurait fallu dire ralentir la dette, ou plutôt, ralentir l’augmentation de la dette. Car il ne s’agit pas d’un plan de désendettement, ni même de réduction des déficits — mais d’un simple maintien de la trajectoire actuelle, au prix d’efforts minimes, presque anecdotiques à l’échelle du problème posé.

Prenons les chiffres. Le déficit serait de 4,6 % du PIB en 2026, pour redescendre péniblement à 3 % en 2029. À aucun moment la France ne produira de budget excédentaire, condition pourtant indispensable pour rembourser la dette. Dans le meilleur … Lire la suite

Il était l’impertinent que la France adorait détester — ou détestait adorer

Il aimait la transgression comme d’autres aiment le silence : passionnément, viscéralement, méthodiquement. Thierry Ardisson n’était pas un simple animateur : il était le canard noir dans la couvée de poussins du PAF, un monarchiste égaré dans la démocratie cathodique, un dandy punk aux lunettes noires, qui posait des questions comme on jette des pavés dans la vitrine du conformisme.

Dans la lignée des Coluche, des Desproges, des Boris Vian ou des Gainsbourg, il avait ce goût rare pour la provocation élégante, pour l’irrévérence tenue en laisse , juste assez pour qu’elle blesse l’hypocrisie sans jamais sombrer dans la vulgarité gratuite (quoi que, parfois … ). Il savait que l’art de déranger exige du style. Et du fond.

Comme les … Lire la suite

L’instruction oubliée : plaidoyer pour une école qui élève

« Ce qu’on apprenait autrefois par cœur, on tente aujourd’hui de l’apprendre sans cœur. » Jean d’Ormesson

Il fut un temps – pas si lointain – où l’on distinguait nettement l’éducation et l’instruction. L’école instruisait, la famille éduquait. La première transmettait les savoirs ; la seconde, les valeurs. C’était un partage de rôles aussi naturel qu’efficace. L’un s’occupait de l’esprit, l’autre du cœur. L’un formait la tête, l’autre façonnait l’âme.

Aujourd’hui, cette distinction s’est estompée dans le brouillard des responsabilités diluées. La session 2025 du baccalauréat en a donné un triste exemple : de nombreux enseignants ont dénoncé les consignes données par l’administration, leur interdisant de pénaliser des copies pourtant truffées de fautes ou de hors-sujets. Certains témoignent que l’on … Lire la suite

En 1958, de Gaulle a redressé la France. Pourquoi pas aujourd’hui ?

La dette publique française dépasse aujourd’hui 3 200 milliards d’euros. Depuis 1974, aucun budget n’a été voté à l’équilibre. Le déficit atteint plus de 5 % du PIB en 2024, dans un pays déjà champion mondial des prélèvements obligatoires. Notre commerce extérieur accuse un déficit abyssal, notre balance des paiements n’est sauvée que par les dividendes de quelques grandes entreprises… qui investissent désormais davantage à l’étranger qu’en France.

Dans le même temps, l’école s’effondre, la recherche recule, les hôpitaux s’essoufflent, l’énergie devient chère et instable, et l’État, malgré son poids croissant, semble incapable de remplir ses missions les plus élémentaires. À force d’acheter la paix sociale à crédit, nous avons rompu le lien entre effort et récompense. L’administration prolifère, les … Lire la suite

Chauffage électrique : il est temps d’en finir avec le malus absurde de l’énergie primaire

Le Premier ministre François Bayrou a annoncé sa volonté de ramener le coefficient d’énergie primaire de l’électricité de 2,3 à 1,9 à compter de janvier 2026. Objectif : faire revenir sur le marché locatif quelque 850 000 logements aujourd’hui exclus à cause d’un mauvais classement au DPE [1]. C’est un premier pas. Mais pourquoi marchander ce chiffre comme on négocierait une cote d’argus ? Il est temps de supprimer purement et simplement ce coefficient obsolète.


Une convention dépassée, héritée d’un autre temps

Ce fameux coefficient d’énergie primaire (Ep/Ef), appliqué à l’électricité dans le calcul des DPE, vise à prendre en compte l’énergie nécessaire à sa production, son transport et sa distribution. Jusqu’en 2021, il était fixé à 3,0. Depuis, … Lire la suite

L’État nounou, l’écran papa, le grille-pain sauvé : vingt ans d’infantilisation nationale

Manger, bouger, respirer, trier, éteindre, rénover, marcher, boire moins, chauffer à 19 degrés, penser local, dormir plus, réutiliser ses chaussettes… Depuis vingt ans, l’État n’a jamais été aussi présent — ni aussi paternaliste — dans nos vies quotidiennes. À force de se prendre tour à tour pour un médecin, un diététicien, un professeur des écoles ou un bon parent, notre République bascule dans un doux totalitarisme des bonnes intentions.


La France, ce pays où l’on vit sous consigne

On croyait être sortis de l’enfance à l’âge de raison. Mais voici que l’État nous parle comme on parle à des élèves de maternelle : « bois de l’eau », « ne fume pas », « prends l’escalier », « ne reste … Lire la suite

Acétamipride : un retour maîtrisé, pas un recul écologique

Le Parlement a voté la réintroduction encadrée de l’acétamipride pour certaines cultures sensibles, notamment la noisette, dans le cadre de la loi DUPLOMB. Cette décision, souvent caricaturée comme un « retour des pesticides tueurs d’abeilles », mérite d’être éclairée avec rigueur. Il ne s’agit pas de nier les dangers inhérents à cette molécule, mais de rappeler un principe essentiel en toxicologie : le danger n’est pas le risque1.

L’acétamipride est effectivement un insecticide néonicotinoïde2. Il partage certaines propriétés avec des substances aujourd’hui interdites (imidaclopride, clothianidine), mais il présente une toxicité bien plus faible pour les abeilles3. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’il reste autorisé au niveau européen jusqu’en 20334, et que l’ANSES, … Lire la suite

Pour agir sur le climat, il y a mieux que les verts : il y a la chlorophyle !

On nous dit que le changement climatique est irréversible, que le CO₂ s’accumule depuis deux siècles et qu’il en faudra dix pour l’en faire partir. Les uns nous promette des solutions technologiques lointaines, complexes, hors de portée. Les autres nous propose la décroissance, la dénatalité et la précarité. Ils nous proposent de réensauvager la nature, d’en faire disparaître l’homme ! Les uns nous expliquent qu’il faut agir. Les autres nous disent que c’est trop tard. Les sociétés doutent. Le doute profite aux manigances et aux profiteurs. Se degage de tout cela un sentiment d’impuissance. Il est entretenu par ceux qui en tirent des bénéfices : financiers, politiques, philosophiques …

Et si, au lieu de nous résigner à l’impuissance, nous engagions … Lire la suite

« La vérité ne sert à rien si elle n’est pas dite. » Boualem Sansal

Il fut un temps où accueillir un dissident, c’était défendre la liberté. Où soutenir un écrivain menacé, c’était une exigence morale. Où le courage de dire valait plus que la conformité des idées. Ce temps semble révolu.

Aujourd’hui, Boualem Sansal, l’un des plus grands écrivains francophones vivants, libre penseur, laïc, antitotalitaire, humaniste, est laissé seul face à l’acharnement du régime algérien. Assigné au silence, ignoré par la diplomatie française, il paie le prix de son courage, dans une indifférence glacée. La France, pourtant, est son autre patrie. La patrie des droits de l’homme, dit-on encore. Mais que valent les droits de l’homme lorsqu’on les applique à géométrie variable ?

L’attitude du Président de la République et de son ministre des … Lire la suite

Éolien, solaire : pour une politique énergétique fondée sur la réalité, pas sur le mimétisme

La transition énergétique est une nécessité. Mais cela n’autorise pas à faire n’importe quoi, n’importe où, au nom d’une bonne cause. En matière d’énergies renouvelables intermittentes, il est urgent de rappeler quelques fondamentaux : la différence entre puissance installée et production réelle, l’adéquation entre production et besoins, les coûts cachés de l’intermittence, et surtout, la finalité climatique qui devrait guider chaque choix selon les contextes nationaux. La France, dont l’électricité est déjà largement décarbonée, doit sortir du mimétisme pour retrouver le sens des réalités.

I. Une éolienne n’est pas un barrage, un panneau solaire n’est pas une centrale nucléaire, la puissance installée n’est pas la puissance délivrée

On parle beaucoup de « puissance installée » lorsqu’il s’agit d’énergies renouvelables. Mais … Lire la suite

Pourquoi les bananes n’ont-elles pas de pépins ?

Éloge d’un petit bijou de science, d’histoire et de bon sens

À propos du livre de Benjamin Nowak (Dunod, 2025)

« Une banane ne produit pas de graines, et pourtant elle se multiplie. Un mystère ? Non : une invention humaine. »
— Benjamin Nowak, Pourquoi les bananes n’ont-elles pas de pépins ?

On croyait connaître les fruits et légumes qui remplissent nos paniers, nos assiettes et nos souvenirs d’enfance. Et pourtant, dans ce petit ouvrage lumineux, Benjamin Nowak nous apprend que la carotte fut blanche avant d’être orange, que le maïs était autrefois un simple graminée sauvage, et que la banane Cavendish que nous mangeons aujourd’hui n’est ni tout à fait naturelle, ni tout à fait artificielle : elle … Lire la suite

« Voici, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël. » (Psaume 121, 4)

Il y a dans l’histoire des peuples des retours qu’on croyait à jamais interdits. Des promesses qu’on pensait oubliées. Des réapparitions si inespérées qu’elles dérangent davantage qu’elles n’émerveillent. Israël est de celles-là.

On a tout dit d’Israël. Trop, sans doute. On l’a accusé de tous les maux — avec la passion que l’on met parfois à haïr ce qu’on ne comprend pas. On a multiplié les procès, les résolutions, les condamnations. On l’a sommé d’exister autrement, ou de ne pas exister du tout.

Et pourtant, Israël continue. Comme si de rien n’était. Ou plutôt : comme si tout devait être. Car Israël n’est pas né d’une idéologie. Il est né d’une mémoire. Il n’est pas né contre les autres, mais … Lire la suite

Canicule : vive la clim ! N’en déplaise aux écolos.

À chaque vague de chaleur, c’est le même scénario dans certaines communes françaises : on ferme les écoles, on renvoie les enfants chez eux à 10 h du matin, on annule les activités périscolaires ou sportives, « à cause du climat ». Mais plutôt que d’adapter les bâtiments ou d’investir dans des solutions modernes – climatisation, ventilation, ombrage – on préfère s’en remettre à l’idéologie, à la pénitence, voire au renoncement. Imaginez le sourire de nos compatriotes des Outremers lorsqu’ils regardent les informations !

Le gros mot du moment : “la clim”, au nom de l’écologie. On empêche les collectivités de s’en doter. Résultat : la France est l’un des pays les moins bien équipés d’Europe⁴. Et pourtant, c’est en … Lire la suite

« Il est urgent de redonner aux viticulteurs la liberté d’innover », estime Yves d’Amécourt

Yves d’Amécourt, viticulteur en Gironde et ancien secrétaire général du syndicat des AOC Bordeaux et Bordeaux supérieur, est référent ruralité, agriculture, forêt, pêche du parti Nouvelle Énergie fondé par David Lisnard. En exclusivité pour Agriculture & Environnement, il revient sur les causes de la crise que traverse la viticulture et propose quelques pistes pour en sortir.

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Chasse et biodiversité : quand l’idéologie se pare des habits de la science

Ce mercredi, au Sénat, la ministre de la Transition écologique a tenté de défendre l’indéfendable. Interpellée par le sénateur Pierre Cuypers (photo) sur son projet d’arrêté limitant la chasse de plusieurs espèces dites « en déclin », Agnès Pannier-Runacher a multiplié approximations, contradictions et pirouettes rhétoriques. Le tout, en invoquant comme bouclier cette Europe dont le gouvernement se réclame quand cela l’arrange — mais qu’il oublie volontiers lorsqu’il s’agit de défendre la filière nucléaire, la pêche ou l’agriculture.

Une ministre en roue libre sur les espèces

La « polombe » évoquée par la ministre restera dans les annales. Après le fuligule « malouin », voici donc la chasse à la « polombe » ! L’approximation n’est pas qu’une anecdote : … Lire la suite

Mettez-Vous D’accord – Émission du 26 juin 2025

Par Valérie Expert avec Yves d’Amécourt, Matthieu Baccialone, Arnaud Stéphan, Jean Baptiste Moreau.

Au programme, un tour de table de l’actualité avec Yves d’Amécourt, Viticulteur, ancien élu local, porte voix de Nouvelle Energie, Matthieu Baccialone, Communicant, président de M2B Conseil, Arnaud Stéphan, Fondateur de l’agence La Note de com et Jean Baptiste Moreau, Porte parole du think tank Agriculture Stratégies, ancien agriculteur, ancien député.

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Agriculture biologique : quand la micro-écologie contredit la macro-écologie

L’agriculture biologique jouit d’une image flatteuse dans l’opinion : elle serait « bonne pour le climat », « respectueuse de la biodiversité », « économe en ressources et en énergie ». On vante ses circuits courts, ses sols vivants, ses paysages variés. Mais qu’en disent réellement les sciences du climat et de la biodiversité ?

En s’en tenant non aux résumés politiques du GIEC et de l’IPBES, mais aux rapports scientifiques eux-mêmes, force est de constater que la réponse est bien plus nuancée que les slogans des écologistes.


Ce que dit le GIEC : moins de rendement, plus de terres, pas moins d’émissions

Dans le sixième rapport d’évaluation du GIEC (groupe III, volet scientifique), l’agriculture biologique apparaît comme une solution … Lire la suite

Retrouver l’espérance dans un monde biaisé

Nous vivons dans une époque paradoxale. Jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y eut autant de progrès mesurables : recul de la pauvreté, allongement de l’espérance de vie, accès à l’éducation, diminution de la violence à long terme. Et pourtant, rarement nos sociétés n’ont paru aussi inquiètes, aussi désabusées, aussi méfiantes face à l’avenir.

Cette dissonance n’est pas un hasard. Elle tient à la façon dont notre cerveau appréhende les risques et les pertes. Daniel Kahneman et Amos Tversky, dans leur théorie des perspectives, ont montré que nous ressentons les pertes avec deux fois plus d’intensité que les gains. Notre perception n’est pas linéaire : elle est biaisée par la peur, par l’émotion, par l’évolution elle-même qui nous a appris … Lire la suite

Je lis Sansal, parce qu’il est libre.

Ce week-end, dans toute la France, des voix s’élèvent pour un écrivain que l’on veut faire taire. #JelisSansal : c’est le mot d’ordre d’une opération nationale lancée par David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, pour soutenir l’un des plus grands écrivains francophones vivants, pris en otage par le régime algérien. De nombreuses communes relaient cet appel : bibliothèques, librairies, lecteurs et élus dressent une muraille de livres contre le silence, contre l’oubli, contre la peur.

Il y a quelques jours, nos bacheliers planchaient sur cette question : « La vérité est-elle toujours convaincante ? »
Il est urgent de répondre, avec Boualem Sansal, que convaincante ou pas, la vérité ne doit jamais être … Lire la suite

Faire des déchets une ressource : la réponse responsable au défi environnemental

Pointe-Noire au Congo-Brazzaville photo Yves d’Amécourt

À l’occasion du sommet sur les océans de Nice, la question des plastiques marins a ressurgi avec force. C’est légitime. Mais c’est souvent mal posé. À chaque fois, le même réflexe : interdire, bannir, culpabiliser. Interdire les emballages, bannir le plastique, dénoncer le consommateur. Cette approche simpliste fait l’économie d’une réalité complexe : ce ne sont pas nos pailles en carton ou nos barquettes en plastique recyclé qui asphyxient les océans. Ce sont, pour l’essentiel, des déchets non collectés, non traités, déversés par les grands fleuves d’Asie et d’Afrique¹. Le vrai problème est là. Et la solution ne réside pas dans une politique de décroissance punitive, mais dans le développement massif de filières de … Lire la suite

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